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dimanche 21 novembre 2010

À propos des jeunes qui quittent l'Église

À lire, un article sur les jeunes qui quittent l'Église en grand nombre aux États-Unis. L'article fait référence à certaines des mêmes préoccupations que j'avais soulevées dans ce blogue en deux entrées (ici et ici) sur l'importance de "discuter de la foi sans perdre la raison". Ce qui s'applique à notre discours invitant les gens à l'extérieur de l'Église s'applique aussi aux jeunes à l'intérieur de l'Église qui se posent souvent les mêmes questions quant à la foi, notamment lorsqu'ils entreprennent des études collégiales ou universitaires.

lundi 25 octobre 2010

Un éditorial sur la post-chrétienté

Dans des termes qui rappellent ceux de Stuart Murray, qui sera à Montréal dans quelques semaines, Frédéric Lenoir prononce un éditorial vidéo sur la post-chrétienté intitulé "La chrétienté est morte. Vive l'évangile !". Il est très intéressant que des gens d'horizons aussi différents parviennent à des constats similaires sur l'échec de la chrétienté et l'avenir du christianisme.

lundi 20 septembre 2010

Conférences de Stuart Murray au Centre anabaptiste

Le Centre d'études anabaptistes de Montréal a l'honneur d'accueillir le prestigieux auteur Stuart Murray qui donnera des conférences à Montréal les 12 et 13 novembre. Pour plus d'information, consultez la publicité ou remplissez le formulaire d'inscription (pour le formulaire en anglais, cliquez plutôt ici). À ne pas manquer si l'on s'intéresse à l'avenir du mouvement évangélique en contexte post-chrétien, aux églises émergentes ou à l'anabaptisme.

mercredi 1 septembre 2010

Jésus ou le politique

À lire, cet article sur des événements plutôt surréalistes illustrant comment le combat politique est devenu central pour plusieurs évangéliques, au point qu'il semble plus important que les points de foi. Parmi les perles : "These men and women here don't agree on fundamentals. They don't agree on everything that every church teaches. What they do agree on is God is the answer." On peut se demander si, une fois que l'on accepte que Dieu est la réponse, on peut préciser de quelle réponse il s'agit si on ne s'entend sur rien en parlant de Dieu. Cela me fait penser à la déclaration du Président Eisenhower : « Our government makes no sense, unless it is founded in a deeply felt religious faith – and I don’t care what it is ».

lundi 23 août 2010

Conférence de Neal Blough au Centre anabaptiste

Neal Blough, Directeur du Centre mennonite de Paris et Professeur à Vaux-sur-Seine (Paris) est l'un des évangéliques les plus influents en France. Il donnera deux conférences gratuites au Centre d'études anabaptistes de Montréal le mercredi 8 septembre.

Les conférences sont les suivantes :

"Récit, communauté ecclésiale, et interprétation biblique" (13h00-16h00)
Dans cette conférence, Monsieur Blough parlera notamment de la question délicate de l'utilisation des récits en foi chrétienne. Comment les récits, qui constituent une part importante de la Bible, doivent-ils être interprétés et comment peuvent-ils faire autorité dans la communauté de foi ?

"L'apport anabaptiste à l'héritage évangélique" (19h00-21h00)
Dans cette conférence, Monsieur Blough apportera des réflexions essentielles sur l'identité évangélique. Il abordera principalement le cas français, qui s'avère toutefois remarquablement éclairant pour comprendre la réalité évangélique en contexte québécois. L'analyse de Monsieur Blough trace une voie pour l'avenir du mouvement évangélique au Québec.

Les conférences ont lieu dans les locaux de l'École de théologie évangélique de Montréal au 4824 Côte-des-neiges, suite 301. On peut s'inscrire au 514-331-0878 poste 221.

Les conférences seront suivies d'une discussion. On peut assister à une seule conférence ou aux deux. Tous sont bienvenus.

mardi 29 juin 2010

Postquoi ?

Le postmodernisme a remis en question de nombreux excès de la modernité. Il est clair qu'il était nécessaire de rectifier le tir sur certains aspects. En même temps, le retour du pendule ne devrait pas tarder, la réaction à la modernité ayant engendré quelques excès qui lui sont propres et qui, déjà, semblent en voie d'être corrigés ou du moins reconnus. Steve Robitaille, un ami et collègue dont vous pouvez lire le blogue ici, a d'ailleurs rappelé dans un article à paraître que ce ne sont pas tous qui voient dans le postmodernisme (ou dans la postmodernité) la fin de la modernité. Nombreux sont ceux qui parlent d'une autre modernité ou d'une modernité réflexive, consciente de ses problèmes mais toujours résolument moderne. Il est d'ailleurs très difficile de définir positivement le postmodernisme (ou même la postmodernité), de dire ce que c'est plutôt que ce que ce n'est pas (ou ce que cela ne veut pas être). Cela devrait suffire pour reconnaître son caractère provisoire ou du moins inachevé.

Je crois donc qu'il ne faut pas être trop intimidé ou réfractaire au postmodernisme, qui a du bon, mais il est clair qu'il ne faut pas non plus "filtrer le moucheron et avaler le chameau", ou rejeter la modernité pour ses défauts et accepter sans critique la postmodernité, ce que certains semblent enclins à faire (par exemple certains "émergents"). Parmi les propositions postmodernistes qui doivent être questionnées se trouve à mon avis l'impératif consistant à abandonner en bloc les métarécits, ces récits qui visent à expliquer l'intégralité de l'expérience, de la connaissance ou de l'histoire humaines et qui constituent, selon de nombreux postmodernistes s'inspirant de Lyotard, des discours de légitimation, des récits totalisants, au fond des idéologies et des moyens de domination. Il faut plutôt se contenter selon eux de microrécits, des récits "vrais pour une communauté" ou " pour une situation précise".

Bien que Lyotard ne s'attaque pas au christianisme dans sa présentation/critique des métarécits, certains voient dans le christianisme cherchant à expliquer la condition humaine par un récit totalisant (par exemple, l'histoire du salut, qui est une certaine présentation de la foi chrétienne), comme dans la plupart des autres historiographies (mise en récit de l'histoire ou écriture sur l'histoire), un métarécit, une façon d'expliquer de façon totalisante et totalitaire la condition humaine. Le christianisme serait donc "menacé" (ou à tout le moins critiqué) par cette dimension de la postmodernité.

Pour tout dire, je ne suis pas sûr que le québécois (ou l'occidental) moyen, qui n'a pas lu Lyotard, soit si réfractaire aux métarécits : les "vrais postmodernes" (oxymoron?) me semblent minoritaires de ce point de vue. Le québécois moyen est (ou aime se croire) réfractaire au dogmatisme, à une pensée totalisante et totalitaire, mais tous les métarécits ne sont pas forcéments idéologiques (au sens péjoratif du terme). La prétention au sens n'est pas la même que la prétention au monopole de la vérité ou à la vérité exhaustive. Ce n'est pas nécessairement l'imposition de la vérité non plus. Ce n'est pas parce qu'un récit est "englobant" qu'il est dogmatique ou qu'on ne peut reconnaître son caractère incomplet, voire provisoire. Il me semble que la Bible propose véritablement un métarécit, mais largement sur le plan symbolique, et la symbolique, comme l'affirmait si bien récemment le bibliste Marc Girard dans une conversation personnelle, c'est "l'évocation d'un monde dont on ne comprend rien mais qui contient les solutions à tous les problèmes humains". Je ne peux penser à une meilleure façon de voir la Bible et le christianisme.

Je ne suis pas certain que les gens refusent par principe d'adopter un discours ou un récit totalisant : il existe encore de tels récits, mais les gens semblent réfractaires à faire confiance à une autorité comme l'Église pour l'articuler. Ils préfèrent adopter le récit du "troupeau", par exemple le récit du progrès social ("on est rendu là") qui devient parfois intransigeant, totalisant et totalitaire, reléguant au statut d'hommes des cavernes tous ceux qui n'adoptent pas leur récit. Il s'agit clairement d'une prétention à la Vérité et non d'un microrécit pour une communauté précise.

Sur ce, je vais aller manger ma cuisse de mammouth.

jeudi 13 mai 2010

Suggestion de lecture

Sur un sujet connexe à celui touché récemment dans ce blogue sur la culture étatsunienne, voir l'entrée du blogue du Centre mennonite de Paris sur les mennonites états-uniens et le patriotisme.

mardi 9 mars 2010

La mondialisation

Je lis cette semaine Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques, un livre sur ma liste depuis au moins 15 ans mais que je ne commence que maintenant). Il écrit sur la modernité et la "mondialisation" telle qu'il l'a perçoit dans la 1ère moitié du 20e siècle, comme un rouleau compresseur des cultures : "Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence que vingt mille ans d'histoire sont joués. Il n'y a plus rien à faire : la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait, qu'on développait à grand-peine dans quelques coins abrités d'un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur vivacité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. L'humanité s'installe dans la monoculture; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat (...) Car ces primitifs à qui il suffit de rendre visite pour en revenir sanctifié, ces cimes glacées, ces grottes et ces forêts profondes, temples de hautes et profitables révélations, ce sont, à des titres divers, les ennemis d'une société qui se joue à elle-même la comédie de les anoblir au moment où elle achève de les supprimer, mais qui n'éprouvait pour eux qu'effroi et dégoût quand ils étaient des adversaires véritables. Pauvre gibier pris aux pièges de la civilisation mécanique, sauvages de la forêt amazonienne, tendres et impuissantes victimes, je peux me résigner à comprendre le destin qui vous anéantit, mais non point être dupe de cette sorcellerie plus chétive que la vôtre, qui brandit devant un public avide des albums en kodachrome remplaçant vos masques détruits. Croit-il par leur intermédiaire réussir à s'approprier vos charmes ? Non satisfait encore ni même conscient de vous abolir, il lui faut rassasier fiévreusement de vos ombres le cannibalisme nostalgique d'une histoire à laquelle vous avez déjà succombé".

mercredi 4 novembre 2009

Le filtre du carbone

Il fallait s'y attendre : certains ont encore trouvé moyen de détourner une bonne chose pour verser dans l'excès, pour ne pas dire dans le ridicule. En effet, un débat pointe son nez : selon certains, les gouvernements devraient accorder des crédits de carbone aux femmes qui se font stériliser puisque les enfants, futurs (méchants) consommateurs, produiront de grandes quantités de gaz à effet de serre. Il faut préciser tout de suite que nous ne parlons pas ici de fournir des moyens de contraception à des femmes qui ne peuvent s'en procurer dans les pays en développement et qui doivent se résigner à avoir huit enfants alors qu'elles préfèreraient n'en avoir que deux ou trois. Non, nous parlons plutôt d'éviter l'engendrement des pires enfants de la planète, soit les enfants des pays riches qui sont ceux qui consommeraient davantage au cours de leur vie et donc produiraient davantage de gaz à effet de serre.

Je précise tout de suite que je suis tout à fait en faveur de la mise en place de mesures importantes pour réduire la production de gaz à effet de serre et d'autres polluants. Je trouve aussi scandaleux que le gouvernement canadien se traîne les pieds dans ce dossier (et dans les autres dossiers liés à l'environnement), alors même que certaines compagnies canadiennes ont pris des mesures volontaires plus contraignantes que celles exigées par le gouvernement fédéral. Ce que je trouve surréaliste, c'est que pendant que l'on culpabilise les gens pour le fait de se reproduire ou même de vivre (après tout, même en n'achetant rien, notre respiration produit déjà du CO2 : quand va-t-on nous le reprocher ?), on permet aux gouvernements de laisser les transports en commun dans leur piètre état actuel et de ne pas légiférer pour contraindre les entreprises à apporter davantage de changements qui auraient des impacts beaucoup plus significatifs (on parle de milliards de tonnes de carbone !) que ceux que peuvent avoir les choix individuels, aussi bien intentionnés soient-ils. Bien que tous les choix soient importants, ceux qui sauveront (ou pas) la planète ne sont pas les choix individuels des citoyens comme le remplacement d'ampoules à incandescence par des fluocompactes, geste presque universellement reconnu aujourd'hui comme le strict minimum que tous ceux qui ne détestent pas l'environnement doivent poser (rassurez-vous : j'ai moi-même pris le virage fluocompacte). On aura beau bannir complètement l'ampoule à incandescence du Globe, tant que les industries ne seront pas contraintes à produire de façon moins polluante des produits eux-mêmes moins nocifs pour l'environnement, et tant que nos infrastructures ne nous permettront (voire obligeront) pas de vivre collectivement de façon plus respectueuse de l'environnement, on ne fera que filtrer le moucheron pour mieux avaler le chameau. Devons-nous vraiment choisir la stérilisation pour contrer le réchauffement de la planète alors que le remplacement relativement facile de l'exploitation des sables bitumineux, des centrales thermiques au charbon et des voitures à essence par des alternatives aurait un impact bien supérieur ? Autant ou plus d'êtres humains pourraient vivre sur cette planète tout en ayant moins d'impact sur l'environnement. Les États-Unis produisent près du quart des émissions de gaz à effet de serre tout en ne constituant pas 5% de la population mondiale. La différence ne s'explique pas seulement par le niveau de vie des Étatsuniens, incluant l'ampleur de la production manufacturière dans ce pays, mais plutôt par leurs modes de production et de consommation (et de gaspillage). La question est : sommes-nous prêts à encadrer la production pour assurer un développement durable ? Posée autrement, la question est : y a-t-il des (vrais) politiciens dans la salle ?

Pourquoi voulons-nous protéger l'environnement ? N'est-ce pas en partie, justement, pour assurer un monde meilleur (ou du moins éviter un monde pire) à nos ENFANTS ? S'il faut éliminer les enfants pour laisser un monde meilleur à la prochaine génération, il faut qu'on m'explique la logique adoptée. S'agit-il de laisser les pollueurs produire des biens de la même façon irresponsable jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne sur Terre pour les acheter ? Il se pourrait bien que le plus grand fléau mondial actuel ne soit pas l'emballement du climat mais, pour reprendre un calque de l'anglais, l'échec de notre imagination.

mardi 20 octobre 2009

Plaidoyer pour un moratoire sur les plans de développement ou Le syndrome des Marthe agitées

Pendant qu'ils étaient en route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut. Sa soeur, appelée Marie, s'était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. Marthe, qui s'affairait à beaucoup de tâches, survint et dit : Seigneur, tu ne te soucies pas de ce que ma soeur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée (Lc 10,38-42, Nouvelle Bible Segond)

En relisant ce passage, il m'est venu une actualisation, ou plutôt une extension de cette histoire en pensant à l'oeuvre chrétienne au Québec. La communauté évangélique québécoise, malgré son infime taille (40 000 membres "actifs"), a une panoplie de programmes et d'institutions, incluant un nombre impressionnant de familles d'églises, d'églises indépendantes et d'écoles (plus d'une douzaine d'écoles bibliques, théologiques et autres centres de formation !). Chaque année, plusieurs initiatives et programmes sont créés et des églises naissent. La planification stratégique est devenue une seconde nature pour la plupart des ouvriers évangéliques, avec des projections de croissance sur 5, 10 et 25 ans et des "modèles d'affaires" inspirés de grandes entreprises ou d'églises aux États-Unis (notamment les Méga-églises). Pour paraphraser un ami, à la vue de ses structures organisationnelles, on croirait parfois que le mouvement évangélique québécois est appelé à gérer le budget des États-Unis d'Amérique ! En réalité, l'organisation et la création de programmes rime rarement avec la concertation avec les institutions déjà en place ou naissantes. Pire, on a beau planifier et organiser, il règne au Québec une absence de cohésion et de collaboration, mais aussi un manque d'efforts ciblés donnant des résultats significatifs. Nous n'avons d'ailleurs pratiquement jamais le réflexe d'évaluer les résultats d'un programme ou d'un plan stratégique : à peine celui-ci terminé, nous sautons à pieds joints dans une nouvelle entreprise avec le même enthousiasme débordant (ou troublant ?) que lors des 15 tentatives infructueuses précédentes. Nos programmes vivotent ? Pas de problème ! Créons-en d'autres ! Nous finirons bien par tomber sur quelque chose qui marche.

Nos efforts d'organisation et de planification ne réduisent pas le dédoublement des programmes et des institutions, ils l'accroissent. Notre niveau d'organisation (incluant les impressionnants organigrammes) est d'une ampleur qui frise souvent le ridicule, étant donnée la taille des confessions et institutions au Québec. Nous voulons chacun avoir un programme qui fait la même chose que celui de la famille d'églises ou de l'organisme voisin, peu importe si nous contribuons ainsi à la précarité de tous ces programmes. Évidemment, une partie du problème est due au couper-coller qui caractérise souvent nos programmes et institutions : nous reprenons une structure ou un programme existant ailleurs au Canada ou aux États-Unis, sans toutefois avoir la masse critique qui permet à ces multiples initiatives concurrentes d'être viables là-bas. Nous n'avons ni les moyens financiers ni les ressources humaines nécessaires pour soutenir de telles structures, et surtout nous ne prenons même pas le temps de nous demander si une adaptation du modèle (ou de la "récette") est nécessaire pour le contexte québécois. Nous oublions ainsi de faire ce que plusieurs de ces "gurus" qui nous impressionnent tant ont fait : étudier leur contexte pour mieux joindre les gens. Nous préférons reprendre un truc de marketing ou une technique comme l'ajout de musique techno (bon d'accord, disons de guitare) lors du culte (à quand le sermon lip dub et l'évangélisation flash mob ?) plutôt que de chercher à comprendre les gens que nous voulons joindre.

Au Québec, nous avons besoin de réflexion. Nous devons notamment écouter l'Esprit nous guider dans la compréhension de ce qu'est l'Évangile en terre québécoise. Nous nous agitons avec des programmes, des séminaires, des plans de développement stratégiques, etc. Or, nous ne savons même pas comment évangéliser ou former des disciples enracinés dans et en dialogue critique avec la culture québécoise. Nous voulons implanter des églises et nous ne savons même pas ce à quoi devrait ressembler l'église en sol québécois. Arrêtons tout ! Assoyons-nous aux pieds du Maître et écoutons dans la méditation, la réflexion.

Dans l'histoire de Lc 10, Marie écoute la parole de Jésus. Il s'agit évidemment d'un acte cognitif ou intellectuel, mais c'est aussi plus que cela. Dans Luc (comme ailleurs dans le Nouveau Testament), écouter la parole de Jésus ne constitue pas qu'un exercice cérébral : il faut écouter (et comprendre) la parole de Jésus pour ensuite la mettre en pratique (voir par exemple Lc 6,46-49 ; 8,21 ; 11,27-28). Il n'y a pas de compréhension acceptable sans mise en pratique. Mais l'inverse est aussi vrai : la mise en pratique nécessite une compréhension juste et sollicite notre réflexion. Sinon, que met-on en pratique, exactement ? On ne peut pas simplement se mettre à courir dans la forêt en espérant que l'on finira par aboutir quelque part (et, lorsqu'on se rend compte que l'on est perdu, se mettre à courir plus vite). Pourtant, il me semble que c'est exactement ce que nous faisons dans le milieu évangélique québécois.

Oui, nous avons grandement besoin de réflexion. Et notre réflexion doit aller au-delà de l'interrogation "comment implanter le plus d'églises dans les 5 prochaines années (en 3 étapes faciles) ?" pour inclure des questions comme "Comment proclamer l'Évangile au Québec ? Qu'est-ce qu'être chrétien au Québec ? Qu'est-ce qu'être fidèle à l'Évangile tout en embrassant l'incarnation de cet Évangile en contexte québécois ? Comment articuler un discours chrétien public, c'est-à-dire une théologie compréhensible et solide qui n'est pas uniquement faite pour consommation interne, autrement dit une réelle apologétique (au sens où elle a été pratiquée dans les premiers siècles de l'Église en contexte gréco-romain) ?" Sans avoir répondu au moins partiellement à ces questions, nous sommes condamnés à nous agiter pour beaucoup de choses et à accomplir bien peu.

jeudi 15 octobre 2009

Les études bibliques à Sheffield

Une nouvelle intéressante concernant le programme d'études bibliques de l'Université Sheffield. Ce programme fondé par F. F. Bruce (un bibliste anglican évangélique) a une réputation internationale solide et a influencé de façon majeure les études bibliques au 20e siècle, malgré certains excès dans sa contribution à l'élaboration d'hypothèses et de théories parfois un peu douteuses ces dernières décennies. Les presses de l'Université Sheffield ont elles aussi contribué substantiellement à l'avancement des études bibliques. L'article suivant raconte que l'équivalent de la Faculté des arts et sciences de l'Université Sheffield avait songé éliminer ce programme mais a dû renoncer à le faire devant les protestations de la communauté estudiantine et de la communauté scientifique internationale. Cela rappelle la position fragile dans laquelle se trouvent la théologie et les études bibliques dans les universités publiques, mais aussi la contribution vitale de ces disciplines à la vie académique et même aux sociétés occidentales.

J'ai écrit dans ce blogue quelques réflexions sur la pertinence de la théologie en contexte universitaire dans cette entrée et surtout dans celle-ci.

vendredi 2 octobre 2009

Deux rencontres avec des anabaptistes

Voici deux articles intéressants racontant des rencontres avec des anabaptistes. Le premier article, en français, raconte la rencontre de Ruben Saillens au 19e siècle avec un anabaptiste. C'est un très beau récit qui illustre bien certains aspects de certaines communautés anabaptistes. Le deuxième article, en anglais, raconte une rencontre d'un luthérien avec des amish. Ce dernier article permet notamment de souligner les ecclésiologies (compréhensions de ce qu'est (sont) l'Église (les églises)) différentes présentes dans les églises luthériennes et les églises anabaptistes, ainsi que leurs visions différentes du rôle du chrétien dans le monde. Évidemment, l'ecclésiologie et la vision du rôle du chrétien dans le monde chez les amish ne représentent pas la vision anabaptiste dans son ensemble (notamment, d'autres anabaptistes estiment que les chrétiens doivent s'engager davantage dans la société). Toutefois, il s'agit bien d'une certaine vision anabaptiste qui a des ressemblances avec la perspective de nombreux autres anabaptistes. Pour prendre l'analogie d'une onde, on pourrait dire qu'on joue dans les mêmes fréquences, mais que les amplitudes sont différentes. Ceux qui veulent en savoir davantage sur les amish peuvent lire un excellent ouvrage en français sur le sujet (et une myriade d'ouvrages en anglais), soit Les amish. Une énigme pour le monde moderne. Vous pouvez consulter une description de ce livre en consultant les publications de la série Perspectives anabaptistes, une série dirigée par le Centre mennonite de Paris.

mercredi 4 mars 2009

À propos de la campagne sur l'athéisme

Vous avez sûrement entendu parler de la campagne internationale de publicité faisant en quelque sorte la promotion de l'athéisme avec des slogans du genre "Dieu n'existe probablement pas. Alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie". Certains y ont vu une campagne iconoclaste et certaines villes au Canada et ailleurs ont même refusé de l'autoriser. Toutefois, il faut reconnaître que la publicité est plutôt respectueuse (du moins au Canada) et n'attaque pas directement les religions ou même les croyances. Le slogan cité plus haut implique que l’athéisme est proposé seulement comme une hypothèse, ce qui, avouons-le, est une approche très respectueuse à cette question complexe.

Au-delà du ton, cette campagne a aussi le mérite de poser la question de l’existence de Dieu, probablement la question la plus fondamentale qu’un être humain puisse se poser. Or, cette question et ses implications sur le sens de la vie et sur de nombreuses questions éthiques sont souvent repoussées dans la sphère privée, en partie comme moyen d’évitement. La plupart de nos contemporains préfèrent ne pas se poser la question ou se contenter d’une réponse inoffensive, du genre : « Dieu existe, mais n’a rien à cirer de mon comportement au quotidien » ou « Dieu existe, mais il n’est qu’une force qui sourit béatement sur l’humanité ». Les implications de l’existence de Dieu ou les demandes qu’un tel Dieu pourrait faire à l’humanité sont ainsi évacuées au profit d’une conception de Dieu qui est à notre portée, accessible et utilitariste, ce qui correspond très bien à la définition d’une idole.

Il y a donc un grand mérite à poser publiquement une telle question. D’ailleurs, l’Alliance Évangélique Suisse soutient l’organisation en Suisse d’une telle campagne précisément parce qu’elle aurait pour effet de pousser les Suisses à réfléchir à la question de Dieu. De même, l’Église Unie du Canada a utilisé la campagne pour tenter de lancer une discussion sur le sujet. Son slogan, paru récemment, reprend le slogan plus haut, mais y ajoute une case à cocher (comme lorsqu'on vote), de même qu'un slogan alternatif : "Dieu existe probablement. Alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie". Le lecteur est invité à cocher le slogan de son choix et surtout à prendre part à une discussion sur le sujet.

En plus des mérites liés à l'ouverture d'une discussion respectueuse, une autre considération doit nous pousser à respecter cette campagne publicitaire, soit le principe de la liberté d’expression. En effet, celle-ci existe précisément pour permettre à des voix dissidentes de s’exprimer. Si l'histoire nous a appris quelque chose, c'est bien qu'on ne peut imposer la foi chrétienne à la société. De toute façon, même l'enseignement du Nouveau Testament nous conduit à cette conclusion. Suivre le Christ doit être une décision personnelle, vu les conséquences impliquées par cette décision. Plus encore, c’est ce choix personnel que Dieu désire : que nous choisissions de le suivre librement. Il pourrait mieux que quiconque nous obliger à le suivre mais ne le fait pas. Il serait donc absurde de chercher nous-mêmes à obliger les gens à se confier en lui.

La charité devrait nous pousser au respect des décisions d’autrui concernant la foi et l’obéissance au Christ, mais un autre souci moins altruiste devrait conduire les chrétiens à cette attitude, soit le souci de préserver l’intégrité de l’Église. On le sait, quand à la fin de l’Antiquité il valait mieux être chrétien que païen pour éviter la discrimination, de nombreux convertis ont été ajoutés à l’Église pour des raisons strictement sociales et politiques plutôt que par piété personnelle. Cela a paganisé l’Église, qui ne s’en est jamais remis, jusqu’à ce jour (et je ne parle pas que de l’Église catholique romaine ici). La liberté de croire, c'est aussi la possibilité pour l'Église d'être une communauté de gens unis par leur appartenance réelle au Christ par une adhésion pleine et libre.

lundi 16 février 2009

Dulce et decorum est pro patria vorare

Vous aurez probablement reconnu l'expression Dulce et decorum est pro patria mori (Il est doux et beau de mourir pour la patrie, vers d'Horace pour les jeunes Romains qui sont sur le point d'avoir l'opportunité d'exercer cette "vertu"). Si vous ne connaissiez pas l'expression, il faut lire plus de BDs (c'est ici mon seul mérite, puisque je ne connais malheureusement pas encore le latin). Elle se retrouve en effet dans des albums d'Astérix et des Schtroumpfs (dans Le schtroumpfissime, évidemment sous la forme "Dulce et decorum est pro patria schtroumpfi"). Ah oui ! Il y a aussi un merveilleux poème de Wilfred Owen, intitulé Dulce Et Decorum Est. À lire absolument, notamment si on est pacifiste.

Si vous vous êtes rendu jusqu'au bout du titre de cette entrée, vous aurez remarqué que j'ai trafiqué l'expression en remplaçant le verbe "mourir" par "manger". Je veux en effet vous entretenir d'un de mes passe-temps préférés -- je ne suis pas catholique en partie parce que les protestants ne considèrent pas la gourmandise comme un des péchés capitaux. C'est-à-dire que je ne veux pas parler du manger et du boire comme d'un passe-temps mais plutôt dans certaines de leurs dimensions sociales, éthiques et, oui, théologiques. En effet, manger est (devenu ?) un acte politique, on pourrait même dire "théologique" si par ce mot on entend aussi une "compréhension de Dieu qui mène à l'action".

Vous connaissez peut-être la maxime "Acheter, c'est voter", c'est-à-dire que par ce que nous achetons et n'achetons pas, nous indiquons nos préférences et contribuons à déterminer (en partie) le monde dans lequel nous vivons, notamment les pratiques commerciales, environnementales et autres des fournisseurs de produits et services. Cette maxime inclut déjà par définition la nourriture que l'on achète. Cependant, dans le cas de la nourriture le lien est encore plus immédiat parce que plus personnel. En effet, en matière alimentaire ce que nous consommons devient littéralement une partie de nous-mêmes, et les enjeux liés à l'agriculture, à l'élevage et à l'industrie agroalimentaire déterminent notre milieu de vie plus immédiatement que dans le cas d'autres biens et services. Quel genre de campagnes voulons-nous ? Les produits alimentaires que nous achetons (ou n'achetons pas) contribueront très directement à les créer.

Vous pouvez consulter la carte suivante rapportant certaines statistiques presque impossibles à accepter tellement elles sont démesurées. Et pourtant, oui, une quantité inimaginable de variétés de plantes comestibles domestiques et de races d'élevage sont déjà disparues et la situation continue à se détériorer. Nos ancêtres ont développé ces variétés à cause de leurs propriétés diverses, incluant leur rusticité ou leur capacité d'adaptation aux conditions climatiques et autres du coin (appelons ça plutôt le "terroir"), de même que pour leur goût. Or, avec l'industrialisation de l'agriculture et la création de véritables monopoles dans le commerce des semences, de moins en moins de variétés sont cultivées à une échelle de plus en plus importante, souvent dans des monocultures favorisant la fragilisation de nos ressources alimentaires, notamment en encourageant la prolifération et la résistance des agents pathogènes et des parasites.

La perte de la biodiversité "sauvage" est évidemment une préoccupation importante. Mais notre capacité d'agir est souvent plus limitée dans ce cas. Nous pouvons bien encourager les gouvernements à agir ou nous pouvons contribuer financièrement ou par le bénévolat à des campagnes visant à sauvegarder des habitats naturels ou des espèces menacées. Cependant, au quotidien il n'est pas facile de faire beaucoup pour aider les orang-outan à survivre à l'état sauvage. Contribuer à préserver la biodiversité "domestique" est toutefois nettement plus aisé. Premièrement parce que nous mangeons tous les jours et deuxièmement parce que la solution de base au problème est en fait très simple : il suffit justement de manger pour changer le monde. Bon, disons qu'il suffit de modifier très légèrement ses habitudes pas tant alimentaires que d'achat d'aliments. On peut très bien continuer à manger la plupart des mêmes choses tout en favorisant davantage la diversité génétique en privilégiant les variétés négligées par les grandes compagnies agroalimentaires et les épiceries à grande surface. On peut manger du steak autre que de la Angus (qui n'est d'ailleurs même pas une race) avec des pommes de terre autres que la Idaho. On peut manger des raisins autres que Concord ou des tomates autres que Savoura. Évidemment, acheter des variétés ou races moins "standards" nécessitera habituellement de magasiner ailleurs en privilégiant le marché à l'épicerie. Cela excluera aussi la plupart des produits transformés (le Kraft dinner n'est pas fait avec une variété patrimoniale de blé ni avec du fromage du terroir ou d'une appellation d'origine contrôlée). Disons que l'on ne perdra pas grand-chose au change.

En fait, la seule vraie différence pour le consommateur qui privilégie les variétés négligées (mis à part une meilleure santé due à la réduction de la consommation de produits transformés) sera le goût nettement supérieur des aliments qu'il/elle se procurera ainsi. En effet, les variétés patrimoniales ont été développées par sélection génétique (et non par manipulation génétique (OGMs)) non pas pour leur rendement "surnaturel" ou leur apparence parfaite ou leur capacité à traverser un continent en conservant une apparence acceptable, mais pour leur goût (et souvent leur rusticité) ! De plus, un aliment qui n'a pas voyagé 4000 kilomètres est habituellement un aliment qui est plus frais et qui a été cueilli à maturité. C'est sans compter que l'on sait tous que les repas cuisinés à la maison sont bien meilleurs que les "repas-minute déjà préparés" de l'épicerie. Le côté "pratique" des repas et aliments tout préparés est la seule raison de leur existence, parce que côté goût ils sont toujours inférieurs aux repas faits maison (ils sont même habituellement carrément médiocres). Nous nous sommes simplement habitués à la médiocrité parce que nous arrivons du travail affamés à 18h00 et que les enfants hurlent qu'ils doivent manger dans les 5 prochaines minutes ou ils mourront (regarde, papa, mes joues rentrent dans ma bouche, mon estomac me digère de l'intérieur !). Il n'y a absolument aucune autre raison pour manger cela. Comme l'écrivait C.S. Lewis, le problème avec nous, humains, n'est pas que nous soyons trop hédonistes mais bien que nous ne le sommes pas assez : nous nous contentons de petits plaisirs médiocres alors que le Créateur a en réserve pour nous dans son monde des plaisirs tellement supérieurs !

Manger des aliments produits localement devient de plus en plus populaire, notamment avec les efforts visant la réduction des gas à effet de serre produits lors du transport des denrées alimentaires sur des milliers de kilomètres. Cependant, les effets bénéfiques pour l'environnement et la société sont beaucoup plus larges que la réduction des gas à effet de serre. Cette façon d'acheter contribue aussi à préserver les campagnes et souvent (dépendemment de quel fermier on achète ses aliments), au maintien d'une saine biodiversité dans les campagnes, de même que de la pérennité de variétés patrimoniales. L'agriculture industrielle n'est simplement pas viable à long terme. Les problèmes des derniers mois concernant le prix des aliments viennent en partie du fait que l'on produit de plus en plus pour l'exportation et de moins en moins ce qu'achètent les gens vivant autour des agriculteurs et des éleveurs. On a notamment encouragé ces dernières décennies les pays en développement, qui connaissent souvent des conditions climatiques plus clémentes, à faire pousser les aliments que l'on mange dans les pays riches (fruits exotiques, café, etc.) en leur promettant que nous avions assez de blé, de maïs et de soya pour nourrir leur population. Les quantités sont effectivement au rendez-vous, mais comme ces populations ne peuvent plus acheter nos produits avec l'augmentation récente des coûts, la situation ridicule suivante se produit : les pays en développement exportent de la nourriture vers les pays riches (aux prises avec des problèmes d'obésité) alors que les populations de ces pays en développement ne peuvent plus manger à leur faim. Autre absurdité : la famine en Éthiopie dans les années 1980s a entraîné l'importation de nourriture des pays riches au détriment de la préservation et de la mise en valeur des semences patrimoniales éthiopiennes qui sont justement mieux adaptées au climat et aux sécheresses de cette région. Cette situation a rendu les Éthiopiens encore plus vulnérables aux sécheresses. En matière alimentaire, le nationalisme est une bonne chose. Il ne doit pas s'agir de protectionnisme économique autant que de la protection de la souveraineté alimentaire et de la diversité génétique des espèces comestibles.

Évidemment, l'idée n'est pas de faire de la consommation d'aliments locaux provenant de variétés patrimoniales une loi de vie immuable. On peut commencer par s'assurer de manger plus souvent des aliments achetés localement (et donc consommer davantage les aliments en saison) et provenant autant que possible de variétés patrimoniales. Un objectif de départ louable pourrait être de consommer ces aliments au moins un jour par semaine, un peu davantage en été. On peut se permettre de continuer à boire du café/thé et d'utiliser des épices qui ne pousseront jamais dans notre pays (à moins que les changements climatiques s'emballent au point de faire à nouveau du Canada un pays tropical !). On peut aussi se permettre davantage d'écarts durant l'hiver, puisque consommer localement en hiver demande plus de planification et de travail en été et en automne (congélation, voire conserves, etc.). Ce qui est certain, c'est que, avec un peu d'expérience et de recherche, on peut acheter une très grande partie de nos aliments localement et opter souvent pour des variétés patrimoniales. Et surtout, on peut éviter d'acheter des fraises ou des pommes qui proviennent de l'autre bout du continent alors qu'on est en pleine récolte chez soi !

Évidemment, les vrais gourmands apprennent à jardiner. Ils ont alors la possibilité de manger des aliments on ne peut plus locaux et de choisir les variétés les plus méconnues (voire menacées d'extinction) en se procurant des semences non pas dans une épicerie, une grande pépinière ou auprès d'un des membres de l'oligopole qu'est devenue l'industrie des semences, mais auprès de jardiniers et d'agriculteurs qui sont passionnés par la cause. Ils contribuent ainsi très directement, en cultivant eux-mêmes des variétés patrimoniales, à préserver la diversité génétique. Et pourquoi ne pas composter pour boucler la boucle !

Je vous laisse avec des suggestions de lecture sur le sujet, soit Animal, Vegetable, Miracle de Barbara Kingsolver et The Omnivore's Dilemma de Michael Pollan. Pour voir les livres, cliquez ici.

mercredi 1 octobre 2008

Mais où est donc la Main invisible ?

Les récents événements aux États-Unis ont fait la preuve de l'incapacité des marchés de s'autoréglementer (et s'autodiscipliner). Pire encore, c'est la loi du marché elle-même qui vient de démontrer sa perversion lorsqu'elle est laissée sans cadre législatif et réglementaire adéquat. Alors qu'on nous dit depuis des décennies que si seulement les gouvernements (notamment de pays en émergence) cessaient de réglementer les industries, comme par magie nous pourrions régler tous les problèmes économiques (voire sociaux). Un pays s'écrase-t-il sous le poids de ses dettes ou d'une crise quelconque ? L'Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et une flopée de pays riches s'empressent de "voler à son secours", à condition que ce pays s'ouvre au libre-marché et entame une déréglementation systématique de plusieurs de ses industries. Le processus est décrit dans un livre de Naomi Klein, The Shock Doctrine. The Rise of Disaster Capitalism (traduit en français par La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre). On peut aussi le comprendre si on a lu un journal au cours des 10 dernières années (ce qui n'enlève rien à la qualité de l'analyse incisive de Madame Klein). On encourage ainsi les États à se départir d'une partie de leur souveraineté pour faire confiance en la fameuse "Main invisible" et bénéfique. Et, non, ce n'est pas la main de Dieu.

Plusieurs membres de l'entourage de George W. Bush (notamment les Cheney et Rumsfeld) ont été des ténors de cette idéologie avant de se joindre à son administration. Il est assez ironique que la Maison-Blanche tente maintenant "d'interférer" dans un processus qui, selon la logique de la loi du marché, conduirait tout simplement à la fermeture de concurrents ineptes en faveur de compagnies financières plus performantes qui ne se sont pas enlisées dans des montages financiers ridicules. Évidemment, les milliers de petits (et gros) investisseurs seraient alors floués, de nombreux ménages perdraient leur maison et l'économie étatsunienne (et mondiale ?) connaîtrait une dépression, mais la loi du marché se chargerait de tout arranger (éventuellement) ! Assisterons-nous plutôt à la création d'une sorte de "New deal", version Bush ? Ce serait d'une ironie qui désopilerait les historiens pour des siècles à venir.

Je suis le premier à considérer que l'industrie est plus efficace que le gouvernement pour innover ou trouver des solutions à des problèmes complexes. Mais voilà : l'industrie a besoin d'un cadre législatif pour fixer les règles du jeu et pousser les capitalistes à faire entrer d'autres facteurs dans leurs calculs que les profits, par exemple la sécurité des employés ou des consommateurs, les impacts environnementaux, ou l'atteinte d'objectifs jugés socialement utiles. En l'absence de réglementation, les compagnies les plus responsables aux plans social et environnemental doivent faire concurrence à des compagnies qui se contentent de suivre les lois en vigueur et qui peuvent donc vendre leur papier hygiénique 10 sous moins cher, ce qui suffit pour perdre une bonne partie de la clientèle walmartisée. Mais si toutes les compagnies sont forcées par législation à inclure de tels objectifs non pécuniaires dans leur planification stratégique, il en résulte une innovation souvent bien supérieure à ce qu'un programme gouvernemental (ou une taxe !) peut atteindre, et ce, à moindre coût. Les néo-libéraux ont raison : la concurrence est souvent la meilleure façon de régler des problèmes vites et à coûts raisonnables. Encore faut-il que les gouvernements n'abdiquent pas leur responsabilité de légiférer et de réglementer !

Assisterons-nous aux États-Unis à un de ces partenariats public-privé où le rôle du public sera (encore !) de ramasser la facture et celui du privé d'engranger les profits ? Demandez aux PDGs des institutions financières maintenant dans la dèche qui étaient payés des dizaines de millions de dollars (ou plus) par année.

lundi 2 juin 2008

Nouveau blogue

Je vous annonce la création d'un nouveau blogue de réflexion théologique et sociale, celui de mon collègue Éric Wingender, Professeur et Doyen à l'École de théologie évangélique de Montréal. La première entrée traite du sujet des écarts entre les riches et les pauvres, un complément donc aux entrées récentes sur Amos dans mon blog. Bonne lecture !

jeudi 3 avril 2008

Suggestion de lecture (encore !)

Je vous invite à lire le dialogue entre un évangélique et un juif concernant l'évangélisation des juifs par des chrétiens.

Un des extraits que j'ai particulièrement aimés est le reproche suivant que fait le juif à l'évangélique : "You want me to trust your love. That is a problem. You are not stapled to your words or your love. Origen, Chrysostom, Eusebius, Augustine, and Aquinas are people who would have never plucked a white hair off the head of an old Jew. They are people who would have walked into the gas chambers with us. But their words did not remain within the province of spiritual and intellectual elites". Cela fait écho au théologien chrétien allemand Dietrich Bonhoeffer qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, a affirmé (je paraphrase de mémoire) "être chrétien aujourd'hui, c'est affirmer que Jésus était un juif". Cela fait aussi un peu écho à une réflexion que j'avais publiée sur ce blog il y a quelques mois sur les premiers chrétiens, plus précisément sur leur irréprochabilité morale aux yeux de la plupart des Romains et le contraste que cela représente avec la perception actuelle qu'ont des chrétiens (particulièrement évangéliques) la plupart de nos contemporains. Comme quoi l'évangélisation doit commencer par incarner le message du Christ dans sa propre vie, ce qui n'est pas une mince affaire.

lundi 26 novembre 2007

Les premiers chrétiens

J'ai relu dernièrement des textes anciens d'auteurs païens parlant des chrétiens des premiers siècles. J'ai été interpellé par certains de ces textes, dont un texte de Pline le jeune, haut fonctionnaire romain (consul, puis légat de l'Empereur). Dans la lettre écrite en 111, on lit notamment à propos des chrétiens apostats (qui ont rejeté la foi chrétienne sous la pression romaine) :

Ils affirmaient que toute leur faute, ou leur erreur, s'était bornée à avoir l'habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu, de s'engager par serment non à perpétrer quelque crime mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu'on en dise [on accusait les chrétiens de pratiquer le cannibalisme rituel puisqu'ils se réunissaient pour manger de la chair humaine (la chair de Christ)], est ordinaire et innocente ; même cette pratique, ils y avaient renoncé après mon édit par lequel j'avais selon tes instructions interdit les hétairies. (cité dans Les Pères apostoliques, Paris, Cerf, 1991, p. 20).

Ce texte m'a rappelé que les premiers chrétiens, à part lorsqu'on les accusait à tort de méfaits comme le cannibalisme, étaient en réalité habituellement irréprochables. Non pas qu'ils étaient toujours parfaitement moraux (les lettres de Paul, notamment aux Corinthiens, témoignent du fait que tous ne vivent pas selon les standards de la communauté), mais comparés aux autres habitants de l'Empire romain, ils se distinguaient surtout par des comportements jugés positifs. La seule "vraie" faute dont on pouvait les accuser était de ne pas participer au culte romain officiel, soit l'adoration de la déesse Roma, patrone de l'Empire, et de l'Empereur lui-même, ce qui selon les Romains pouvait entraîner des catastrophes puisque les dieux en colère pouvaient ne plus protéger l'Empire. Ce culte officiel était donc un devoir civique que les chrétiens ne pouvaient accomplir pour des raisons évidentes. Cependant, pour le reste les chrétiens étaient en réalité de "bons habitants de l'Empire". C'est d'ailleurs en partie ce qui a fini par pousser de nombreux Romains à se demander s'il était sage de persécuter aussi sévèrement des gens qui ne font pas le mal, encourageant la "légalisation" du christianisme.

Je suis frappé par le contraste avec la situation actuelle où la réputation des chrétiens est en général assez mauvaise en Occident mais pour des raisons complètement différentes. On nous accuse non plus de ne pas faire nos devoirs religieux ou de calomnies, mais de manquer de compassion, de tolérance, d'amour pour les gens. Je ne veux pas dire que les gens ont raison de faire de telles accusations (quoique c'est malheureusement vrai dans certains cas), mais il me semble étrange que nous chrétiens, qui sommes disciples du Christ, ne soyons pas d'abord reconnus pour notre amour mais plutôt pour notre intolérance et notre manque de compassion.

jeudi 22 novembre 2007

Les excuses du cardinal Ouellet

Les excuses du cardinal Ouellet ont suscité beaucoup de réactions au Québec, surtout des réactions négatives. On lui reproche en particulier que ses excuses ne soient pas plus exhaustives et se limitent à certains abus perpétrés par l'Église avant les années 1960s. Il y a pourtant des éléments forts intéressants liés à cet acte de contrition. D'abord, le symbole est important. Tous les Québécois à part certains membres du clergé catholique savaient que l'Église catholique s'est rendue coupable de fautes graves envers les Québécois. La reconnaissance de ce fait par le primat du Canada est un développement important. En fait, le refus de plusieurs Québécois (surtout des Québécois médiatisés pour l'instant) d'y voir un quelconque progrès en dit beaucoup plus sur leur rejet du catholicisme que sur le caractère partiel des excuses du cardinal. Beaucoup de Québécois réagissent de façon irrationnelle lorsqu'il est question de l'Église catholique, ne lui reconnaissant aucun apport positif à la société québécoise et amplifiant ses manquements et ses abus.

Mais comment les protestants québécois devraient-ils réagir, eux, à ces excuses ? Commençons par le plus simple : faut-il rappeler que Jésus nous a demandé de pardonner à nos offenseurs, sans qu'il soit même question qu'ils nous demandent pardon ? Il me semble que les protestants québécois se doivent d'accorder le pardon à l'Église catholique, même si les excuses du cardinal Ouellet ne sont pas des excuses officielles de l'Église catholique entière et même si pardonner n'impliquera pas que nous repartons à zéro, que nous oublions tout et refusons dorénavant de parler des erreurs du passé. Dans toute tentative future de dialogue, une réelle réconciliation devra passer par une discussion franche où les problèmes ne seront pas enfouis sous le tapis, mais où la bonne volonté des partenaires de conversation devra être présente des deux côtés (pour un exemple d'un tel dialogue, voir le lien Rapport du dialogue catholique-mennonite). On peut considérer que les catholiques ont fait un premier pas ici, il me semble.

Un autre élément devrait attirer l'intérêt des protestants. L'archevêque Ouellet affirme qu'il désire un nouveau départ pour le Québec, qu'il désire évangéliser le Québec. Les protestants, du moins les évangéliques, peuvent difficilement être contre le principe. Il faudra peut-être se demander s'il envisage uniquement un retour au catholicisme comme évangélisation adéquate, mais il faut le féliciter de reconnaître la nécessité de porter l'Évangile aux Québécois. Certains diront que cette nécessité saute aux yeux, mais n'oublions pas que le Québec a longtemps été pris pour acquis par l'Église catholique, qui s'est par conséquent permis de considérer de facto comme chrétiens tous ceux qui ne rejetaient pas très clairement l'Église.

Une dernière réflexion. Il est facile de dénoncer les fautes des autres. Or, il faut bien admettre que les protestants n'ont pas toujours fait mieux lorsqu'ils se sont retrouvés dans une position similaire à celle de l'Église catholique au Québec. Les protestants ont, eux aussi, abusé du pouvoir lorsqu'on leur a donné. Plusieurs évangéliques le font d'ailleurs encore aux États-Unis en ce moment. Une des intuitions les plus remarquables des premiers Anabaptistes était justement que, dans un désir de préserver la pureté de l'Église, il fallait se garder d'y inclure par défaut tous les habitants du pays pour favoriser la libre adhésion à l'Église et la séparation de l'Église et de l'État. L'Église pouvait ainsi exiger davantage de ses membres (notamment du point de vue éthique) et devait chercher à être l'incarnation d'une alternative à la société. L'Église devait donc jouer un rôle prophétique dans la société. Les autres protestants y ont vu une menace et ont persécuté les Anabaptistes. De leur côté, les Anabaptistes ont accepté éventuellement (en échange de la fin des persécutions) de renoncer à leur rôle prophétique et de se réfugier dans le confort de sociétés parallèles.

L'Église qui est au pouvoir aura toujours de grandes difficultés à rester fidèle à l'Évangile, particulièrement au Sermon sur la montagne, et elle aura certainement des comptes à rendre pour ses abus de pouvoir. D'un autre côté, l'Église qui renonce officiellement au pouvoir et accepte un rôle "prophétique" doit quant à elle prendre garde de ne pas se laisser récupérer par le pouvoir d'une part (voir 1 R 22) et d'autre part de ne pas cesser de prêcher l'Évangile lorsque le prix à payer devient trop grand.

jeudi 8 novembre 2007

La théologie, quossa donne ?

Steve Robitaille a récemment souligné sur son blogue que les théologiens et l’Église se négligent mutuellement. Il a malheureusement raison. J'ajouterais seulement en défense de l'Église (que je n’excuse pas pour autant) que la situation relève d’un phénomène plus vaste. Notre société utilitariste et technocrate néglige la réflexion en faveur de la production. Les gens demandent : « pourquoi étudier en histoire (ou en sociologie, en littérature, en philosophie, en anthropologie, en arts, etc.), y’a même pas d’job dans çâ ? » L'ingénierie, la médecine, les affaires, la technique (etc.), voilà les disciplines utiles ! La réforme scolaire (ou plutôt les réformes scolaires successives) au Québec illustre cette attitude technocrate et utilitariste : pourquoi connaître quand on peut « compéter » ? L'école (incluant malheureusement l'université) ne sert pas à se cultiver ou à apprendre à réfléchir mais à former la main-d'oeuvre. « L'apprenant » qu'est devenu l'élève doit même créer ses propres règles grammaticales et syntaxiques (et évidemment son « aurttograffe ») plutôt que de devoir bêtement apprendre les conventions en usage. Consolons-nous : cette approche permettra d'engendrer la prochaine génération de « lofteurs » pour remplir la grille horaire de TQS.

On oublie que la technique et les affaires, aussi nobles soient-elles, existent d’abord pour soutenir la civilisation et la vie modernes. La culture et la civilisation sont constituées d'abord (mais non exclusivement) justement des choses négligées en technocratie, comme l’art, la littérature, la spiritualité, la musique. Les connaissances techniques ne sont qu’une composante de la culture, bien qu'elles aient plein droit d'y prendre place. Même la science et la culture scientifique, qui satisfont pourtant mieux que la technique la soif de l’humain de comprendre son monde, arrivent rarement à donner un sens à ce monde. Pour beaucoup d’entre nous, c’est davantage dans les arts, la littérature, la musique, le cinéma, la religion et/ou la spiritualité (incluant la théologie au sens large et la théologie comme discipline académique) qu’on trouve ce qui nourrit notre « âme ». Malheureusement, de nombreux intellectuels aussi adoptent une attitude productiviste et technocrate, particulièrement face à la théologie, aux études bibliques et aux sciences religieuses. Les universitaires disent alors, comme beaucoup d’églises : « la théologie, quossa donne ? » Et du même souffle, les universitaires se demandent pourquoi le fondamentalisme fait de tels ravages intellectuels.

De l’autre côté, les évangéliques ont tendance à se préoccuper davantage de recettes et de trucs de marketing pour évangéliser plutôt qu’à réfléchir au contenu et à l’inculturation de l’Évangile en contexte québécois. Ils se demandent ensuite pourquoi les gens n’acceptent pas cet Évangile qu’on tente de leur vendre comme un dentifrice : « pour une âme plus blanche, achetez Jésus ». Cette attitude contraste nettement avec le travail intellectuel des premiers évangéliques du début du 18e siècle, comme Jonathan Edwards. Pour eux, une composante pleine et entière de la spiritualité était de faire de la théologie (au sens large) et d’avoir un regard réfléchi sur le monde. Les premiers évangéliques cherchaient à développer un regard chrétien sur tous les enjeux de la société et sur les différentes disciplines scientifiques, et ce pour la gloire de Dieu. Mark A. Noll dans son livre The Scandal of the Evangelical Mind déplore l’abandon de ce projet des premiers évangéliques par les dernières générations. Le scandale de la pensée évangélique selon Noll est précisément qu’il n’y a pas de pensée évangélique sur le monde. Il n’y a pas de « philosophie évangélique » ou de « sociologie évangélique » ou d’« histoire évangélique », bien qu’il y ait des évangéliques œuvrant dans ces disciplines.

Nous avons en grande partie cessé de réfléchir pour nous contenter de répéter les réflexions de nos ancêtres spirituels, ce qui crée un décalage entre notre message et les enjeux et problèmes de la société aujourd’hui. Nous n’avons souvent aucune réponse à offrir aux gens concernant les enjeux qui les préoccupent et nous ne participons pas au débat public, à moins qu’il s’agisse de moralité sexuelle, incluant l’avortement et la famille. N’avons-nous rien à dire sur l’environnement, nous qui croyons que Dieu en est le Créateur ? N’avons-nous rien à dire sur la pauvreté, alors que la Bible contient des milliers de références à ce sujet ?

Faire de la théologie en contexte universitaire sert d’une part à contrer le fondamentalisme décrié par les intellectuels qui veulent sortir la théologie de l’université et d’autre part à aider l’Église à définir ce que veut dire être chrétien au 21e siècle. Une foi qui est solide est une foi qui est prête à poser des questions. Et une foi qui pose des questions et qui est donc « théologique » (au sens large) peut mener vers la découverte de richesses insoupçonnées. Sans théologie, l’Église et la spiritualité personnelle se dessèchent et se sclérosent.