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mercredi 14 mars 2012

Le célibat des prêtres

Mon livre (en co-écriture) Le célibat des prêtres vient de paraître. Voici la fiche du livre sur le site de l'éditeur, Médiaspaul. Il s'agit de deux perspectives (pour et contre) sur l'obligation du célibat chez les prêtres catholiques. Je vous laisse deviner quelle position est représentée par l'anabaptiste que je suis (allez-y, continuez à y penser, vous y êtes presque !). Évidemment, le sujet saura intéresser tout particulièrement les catholiques, mais les autres y trouveront également des réflexions théologiques sur des questions importantes comme le mariage, le célibat, la sexualité et la nature de l'Église et de la vie chrétienne. Mes réflexions tournent souvent autour d'explications de textes bibliques mais aussi de questions historiques et même sociales. Une partie de ce que j'ai écrit dans ce livre aurait pu aussi bien se retrouver dans un livre sur l'éthique sexuelle ou sur l'histoire de la sexualité dans l'Église.

Le livre constitue aussi une (trop) rare occasion de dialogue entre un catholique et un évangélique québécois. Bien que les deux textes ne se répondent pas de façon suivie, il est rare que les perspectives évangélique et catholique se côtoient dans un même livre.

Le lancement officiel aura lieu le 29 mai à la librairie Paulines. Consultez ce blogue à l'approche de l'évènement pour connaître l'heure exacte et l'adresse. Toutefois, sachez que le livre devrait déjà être en vente dans toutes les bonnes librairies québécoises (bon, disons les librairies catholiques pour commencer) et sous peu en Europe francophone. À mes amis européens : si vous payez mon billet d'avion, je suis prêt à aller signer votre exemplaire.

Et pour tous ceux qui se le demandent, non, Benoît XVI ne m'a pas convoqué d'urgence au Vatican pour discuter du sujet. Mais bon, je sais qu'il est très occupé, c'est peut-être une question de jours.

lundi 4 octobre 2010

Conférences sur l'Égypte ancienne

L'Association des études du Proche-Orient ancien en collaboration avec la Faculté d'études religieuses de l'Université McGill organise une série de conférences sur l'Égypte les 12, 13 et 14 octobre. Ces conférences peuvent être stimulantes pour quiconque veut mieux comprendre le contexte historique général dans lequel ont été écrits les textes de l'Ancien Testament. Les conférences ont lieu à l'Université McGill et à l'UQÀM. Vous trouverez l'horaire et les titres des conférences ici.

vendredi 30 octobre 2009

Suggestions de lectures anabaptistes

Dans un commentaire à mon billet du 2 octobre, mon ami Oscar (que je remercie) attire mon attention sur un document qui m'avait échappé : une description de l'anabaptisme intitulé What is an Anabaptist Christian? et publié par l'agence missionnaire de l'Église mennonite des États-Unis (le Mennonite Board of Missions de la Mennonite Church USA). Cette agence publie aussi de courts fascicules souvent très intéressants sur différents sujets dans la série Mission Insight. Vous trouverez ici le lien vers le document si le sujet vous intéresse. C'est une perspective assez intéressante sur l'anabaptisme, la vie chrétienne et même jusqu'à un certain point l'histoire de l'Église. Je dois avouer que je n'aurais pas écrit ce document moi-même dans les mêmes termes. La présentation de l'anabaptisme par rapport au reste du protestantisme (et du christianisme) y est parfois un peu trop tranchée : nombre d'anabaptistes (dont moi-même) tendent à se situer à quelque part entre les deux extrémités du spectre présenté. Souvent (mais pas toujours), cette tension s'exprime par la double appartenance de nombreux anabaptistes à deux courants, l'évangélisme et l'anabaptisme. Sans prétendre que ce mélange constitue la recette parfaite, je crois qu'elle permet parfois d'éviter certains des excès des deux mouvements pris dans leur forme "pure". Je dois aussi avouer ne pas partager entièrement l'évaluation du document concernant notamment Constantin, Augustin et les Réformateurs. Bien que les faits (d)énoncés à leur sujet soient probablement pour l'essentiel vrais, ils ne représentent pas entièrement et avec toutes les nuances la complexité des positions qui sont résumées d'une façon à souligner à grands traits ce qui distingue l'anabaptisme des autres visions représentées par ces individus. Évidemment, c'est en se distinguant des autres que l'on définit souvent son identité, ce que fait très (trop ?) bien ce document. Toutefois, et malgré cette présentation un peu "manichéenne" de l'identité anabaptiste, le document offre une perspective intéressante et évidemment très "pro-anabaptiste" qu'il vaut la peine de consulter. Dernière précision : le document se présente en partie comme une modernisation du très influent article "The Anabaptist Vision" de Harold Bender publié en 1944. Le document de l'agence missionnaire n'est probablement pas appelé à la même notoriété que l'article de Bender (que nous gagnerions à (re)lire), mais l'effort de modernisation est louable. Pour lire l'article de Bender, on peut consulter le Cahier Christ seul 4, Vision et spiritualité anabaptistes, 2001, qui contient non seulement une traduction de cet article, mais également un court article de Neal Blough, directeur du Centre mennonite de Paris, sur Bender et sa réception en France.

vendredi 2 octobre 2009

Suggestions de lecture et de visionnements

Pour ceux qui s'intéressent à l'anabaptisme et aux mennonites, je vous invite à lire le livre suivant sur l'histoire des mennonites. Il est écrit par le directeur du Centre mennonite de Paris, Neal Blough, un des grands spécialistes francophones de l'histoire anabaptiste.

Vous pouvez aussi consulter les vidéos suivants sur l'histoire des mennonites. Merci au blogue du Centre mennonite de Paris d'avoir attiré mon attention sur ces courts films.

mercredi 4 mars 2009

À propos de la campagne sur l'athéisme

Vous avez sûrement entendu parler de la campagne internationale de publicité faisant en quelque sorte la promotion de l'athéisme avec des slogans du genre "Dieu n'existe probablement pas. Alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie". Certains y ont vu une campagne iconoclaste et certaines villes au Canada et ailleurs ont même refusé de l'autoriser. Toutefois, il faut reconnaître que la publicité est plutôt respectueuse (du moins au Canada) et n'attaque pas directement les religions ou même les croyances. Le slogan cité plus haut implique que l’athéisme est proposé seulement comme une hypothèse, ce qui, avouons-le, est une approche très respectueuse à cette question complexe.

Au-delà du ton, cette campagne a aussi le mérite de poser la question de l’existence de Dieu, probablement la question la plus fondamentale qu’un être humain puisse se poser. Or, cette question et ses implications sur le sens de la vie et sur de nombreuses questions éthiques sont souvent repoussées dans la sphère privée, en partie comme moyen d’évitement. La plupart de nos contemporains préfèrent ne pas se poser la question ou se contenter d’une réponse inoffensive, du genre : « Dieu existe, mais n’a rien à cirer de mon comportement au quotidien » ou « Dieu existe, mais il n’est qu’une force qui sourit béatement sur l’humanité ». Les implications de l’existence de Dieu ou les demandes qu’un tel Dieu pourrait faire à l’humanité sont ainsi évacuées au profit d’une conception de Dieu qui est à notre portée, accessible et utilitariste, ce qui correspond très bien à la définition d’une idole.

Il y a donc un grand mérite à poser publiquement une telle question. D’ailleurs, l’Alliance Évangélique Suisse soutient l’organisation en Suisse d’une telle campagne précisément parce qu’elle aurait pour effet de pousser les Suisses à réfléchir à la question de Dieu. De même, l’Église Unie du Canada a utilisé la campagne pour tenter de lancer une discussion sur le sujet. Son slogan, paru récemment, reprend le slogan plus haut, mais y ajoute une case à cocher (comme lorsqu'on vote), de même qu'un slogan alternatif : "Dieu existe probablement. Alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie". Le lecteur est invité à cocher le slogan de son choix et surtout à prendre part à une discussion sur le sujet.

En plus des mérites liés à l'ouverture d'une discussion respectueuse, une autre considération doit nous pousser à respecter cette campagne publicitaire, soit le principe de la liberté d’expression. En effet, celle-ci existe précisément pour permettre à des voix dissidentes de s’exprimer. Si l'histoire nous a appris quelque chose, c'est bien qu'on ne peut imposer la foi chrétienne à la société. De toute façon, même l'enseignement du Nouveau Testament nous conduit à cette conclusion. Suivre le Christ doit être une décision personnelle, vu les conséquences impliquées par cette décision. Plus encore, c’est ce choix personnel que Dieu désire : que nous choisissions de le suivre librement. Il pourrait mieux que quiconque nous obliger à le suivre mais ne le fait pas. Il serait donc absurde de chercher nous-mêmes à obliger les gens à se confier en lui.

La charité devrait nous pousser au respect des décisions d’autrui concernant la foi et l’obéissance au Christ, mais un autre souci moins altruiste devrait conduire les chrétiens à cette attitude, soit le souci de préserver l’intégrité de l’Église. On le sait, quand à la fin de l’Antiquité il valait mieux être chrétien que païen pour éviter la discrimination, de nombreux convertis ont été ajoutés à l’Église pour des raisons strictement sociales et politiques plutôt que par piété personnelle. Cela a paganisé l’Église, qui ne s’en est jamais remis, jusqu’à ce jour (et je ne parle pas que de l’Église catholique romaine ici). La liberté de croire, c'est aussi la possibilité pour l'Église d'être une communauté de gens unis par leur appartenance réelle au Christ par une adhésion pleine et libre.

jeudi 3 avril 2008

Suggestion de lecture (encore !)

Je vous invite à lire le dialogue entre un évangélique et un juif concernant l'évangélisation des juifs par des chrétiens.

Un des extraits que j'ai particulièrement aimés est le reproche suivant que fait le juif à l'évangélique : "You want me to trust your love. That is a problem. You are not stapled to your words or your love. Origen, Chrysostom, Eusebius, Augustine, and Aquinas are people who would have never plucked a white hair off the head of an old Jew. They are people who would have walked into the gas chambers with us. But their words did not remain within the province of spiritual and intellectual elites". Cela fait écho au théologien chrétien allemand Dietrich Bonhoeffer qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, a affirmé (je paraphrase de mémoire) "être chrétien aujourd'hui, c'est affirmer que Jésus était un juif". Cela fait aussi un peu écho à une réflexion que j'avais publiée sur ce blog il y a quelques mois sur les premiers chrétiens, plus précisément sur leur irréprochabilité morale aux yeux de la plupart des Romains et le contraste que cela représente avec la perception actuelle qu'ont des chrétiens (particulièrement évangéliques) la plupart de nos contemporains. Comme quoi l'évangélisation doit commencer par incarner le message du Christ dans sa propre vie, ce qui n'est pas une mince affaire.

lundi 31 mars 2008

Suggestion de lecture

Je vous invite à lire un bref article sur l'historien Jean Séguy qui a écrit (entre autres) un excellent livre sur l'histoire des assemblées mennonites (anabaptistes) de France. L'article est écrit par l'historien (et ami) Claude Baecher, professeur au Centre de formation et de rencontre Bienenberg.

Merci au blog du Centre mennonite de Paris pour le lien à cette adresse. On peut consulter le blog du CMP pour des nouvelles et commentaires intéressants.

lundi 26 novembre 2007

Les premiers chrétiens

J'ai relu dernièrement des textes anciens d'auteurs païens parlant des chrétiens des premiers siècles. J'ai été interpellé par certains de ces textes, dont un texte de Pline le jeune, haut fonctionnaire romain (consul, puis légat de l'Empereur). Dans la lettre écrite en 111, on lit notamment à propos des chrétiens apostats (qui ont rejeté la foi chrétienne sous la pression romaine) :

Ils affirmaient que toute leur faute, ou leur erreur, s'était bornée à avoir l'habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu, de s'engager par serment non à perpétrer quelque crime mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu'on en dise [on accusait les chrétiens de pratiquer le cannibalisme rituel puisqu'ils se réunissaient pour manger de la chair humaine (la chair de Christ)], est ordinaire et innocente ; même cette pratique, ils y avaient renoncé après mon édit par lequel j'avais selon tes instructions interdit les hétairies. (cité dans Les Pères apostoliques, Paris, Cerf, 1991, p. 20).

Ce texte m'a rappelé que les premiers chrétiens, à part lorsqu'on les accusait à tort de méfaits comme le cannibalisme, étaient en réalité habituellement irréprochables. Non pas qu'ils étaient toujours parfaitement moraux (les lettres de Paul, notamment aux Corinthiens, témoignent du fait que tous ne vivent pas selon les standards de la communauté), mais comparés aux autres habitants de l'Empire romain, ils se distinguaient surtout par des comportements jugés positifs. La seule "vraie" faute dont on pouvait les accuser était de ne pas participer au culte romain officiel, soit l'adoration de la déesse Roma, patrone de l'Empire, et de l'Empereur lui-même, ce qui selon les Romains pouvait entraîner des catastrophes puisque les dieux en colère pouvaient ne plus protéger l'Empire. Ce culte officiel était donc un devoir civique que les chrétiens ne pouvaient accomplir pour des raisons évidentes. Cependant, pour le reste les chrétiens étaient en réalité de "bons habitants de l'Empire". C'est d'ailleurs en partie ce qui a fini par pousser de nombreux Romains à se demander s'il était sage de persécuter aussi sévèrement des gens qui ne font pas le mal, encourageant la "légalisation" du christianisme.

Je suis frappé par le contraste avec la situation actuelle où la réputation des chrétiens est en général assez mauvaise en Occident mais pour des raisons complètement différentes. On nous accuse non plus de ne pas faire nos devoirs religieux ou de calomnies, mais de manquer de compassion, de tolérance, d'amour pour les gens. Je ne veux pas dire que les gens ont raison de faire de telles accusations (quoique c'est malheureusement vrai dans certains cas), mais il me semble étrange que nous chrétiens, qui sommes disciples du Christ, ne soyons pas d'abord reconnus pour notre amour mais plutôt pour notre intolérance et notre manque de compassion.

mercredi 7 novembre 2007

Les leçons de l'histoire

La Bible et l’histoire
Le genre littéraire le plus utilisé dans la Bible est le récit et une bonne partie des récits bibliques nous racontent l’histoire d’Israël. Il est un peu étrange que la Bible, le guide spirituel du chrétien, mette autant l’accent sur l’histoire, une dimension de l’existence humaine qui peut paraître plutôt « mondaine » et sans grande valeur pour la foi. D’un bout à l’autre de la Bible pourtant, une conviction profonde est communiquée : Dieu est un Dieu de l’Histoire, un Dieu qui agit dans l’histoire humaine et même un Dieu qui se révèle à travers cette histoire.

Si Dieu se révèle à travers l’histoire, il n’en demeure pas moins que celle-ci doit être interprétée pour nous permettre d’en comprendre le sens. Après tout, un même événement peut vouloir dire des choses bien différentes d’une personne à l’autre. Les Israélites, face à l’événement que constitue la sortie d’Égypte et la fin de l’esclavage, ne craignent-ils pas que Dieu les ait libérés pour pouvoir mieux les faire mourir dans le désert (Ex 14,11-12 ; 16,3) ? Un événement n’est donc pas en lui-même une révélation sur Dieu. Il nécessite une interprétation, une explication, ce que fait justement le livre de l’Exode qui décrit la sortie d’Égypte comme un acte libérateur de Yahvé en faveur de son peuple.

L’histoire d’Israël qui est rapportée dans l’Ancien Testament est précisément une histoire expliquée, interprétée. Il ne s’agit donc pas simplement d’un condensé des événements marquants de l’histoire d’Israël mais bien d’un exposé théologique sur le sens qu’on doit leur attribuer.

La théologie deutéronomiste
Or, une bonne partie de l’histoire d’Israël est expliquée à l’aide de la théologie de l’alliance qu’on retrouve dans le Deutéronome, en particulier dans Dt 30. Dans ce chapitre, qui parle de la nécessité d’être fidèle à l’alliance avec Dieu, Dieu dit :

je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le
malheur (…) c’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la
bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi
et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix
et en t’attachant à lui. C’est ainsi que tu vivras et que tu prolongeras
tes jours, en habitant sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes
pères Abraham, Isaac et Jacob (v.15-20, TOB).

Cette théologie du choix, typique du Deutéronome et qu’on appelle donc la « théologie deutéronomiste », sert de perspective théologique ou de grille d’interprétation de l’histoire pour les livres historiques de Josué, Juges, (1 et 2) Samuel et (1 et 2) Rois. Ces livres, qu’on désigne collectivement (et logiquement) sous le nom d’« Histoire deutéronomiste », insistent sur le fait que l’histoire d’Israël, dans ses revers et ses succès, s’explique par la fidélité à l’alliance puisque la sécurité et la prospérité du peuple sont uniquement le don gratuit de Dieu. Par conséquent, lorsque le peuple abandonne Dieu et est laissé à lui-même, il ne peut que s’attendre au malheur.

C’est pour cela que l’on insiste au début de chaque règne dans le livre des Rois sur l’évaluation « théologique » du roi : « il fit ce qui est mal (ou droit) aux yeux de Yahvé ». C’est cette évaluation qui compte aux yeux de l’auteur du livre des Rois davantage que les « accomplissements » du roi.

Une nuance doit être faite ici. La théologie de l’alliance ne prétend pas que Dieu bénit le peuple parce qu’il est fidèle à l’alliance, autrement dit parce que le peuple le « mérite ». Au contraire, l’alliance comme les bénéfices qui y sont associés (la délivrance des ennemis, par exemple lors de la sortie d’Égypte, ou le don de la terre promise aux Patriarches) sont des dons gratuits de Dieu. Pour pouvoir conserver ces dons cependant, Israël doit demeurer attaché à Dieu et doit rester fidèle à l’alliance. La sainteté de Dieu exige que le peuple se comporte d’une façon digne de lui, par exemple en n’exploitant pas les pauvres et en pratiquant la justice. Sinon, la communion avec Dieu est rompue. La « loi » (terme trop étroit pour traduire le mot hébreu torah, qui veut davantage dire « enseignement ») est donc non pas une façon de gagner la faveur de Dieu mais plutôt l’expression de l’amour et de la fidélité envers Dieu, l’expression du désir de demeurer en communion avec lui.
Les livres de « l’Histoire deutéronomiste » (Josué, Juges, Samuel et Rois) présentent donc l’histoire d’Israël à partir du schéma suivant :

infidélité à l’alliance ⇒ jugement (invasion d’ennemis)
repentance (ou fidélité à l’alliance) ⇒ délivrance et bénédiction

C’est ainsi qu’on explique en particulier le plus grand malheur de l’histoire d’Israël, la destruction des royaumes d’Israël et de Juda, suivie de l’exil de leurs populations. Ces événements dramatiques (il s’agit après tout de conquêtes sanglantes et de déportations de populations) sont expliqués par l’accumulation des fautes du peuple de Dieu et la rupture de l’alliance (lire en particulier 2 R 17,5-23 ; 21,10-16 ; 24,20).

Le but de(s) l’auteur(s) de l’Histoire deutéronomiste est de faire comprendre à ses lecteurs, qui vivent pendant ou après l’exil de Juda à Babylone, quelle est la cause de leurs malheurs. Face à ces malheurs, certains pensaient que Dieu avait abandonné son peuple ou qu’il ne se souciait pas de son sort (Ez 8,12 ; 9,9) ou même que Dieu avait été défait par Marduk, le dieu de Babylone. Or, la théologie deutéronomiste insiste sur le fait que les malheurs d’Israël ne sont pas dus à l’impuissance ou à l’indifférence de Dieu mais aux fautes d’Israël.

Malgré les apparences, il s’agit d’une bonne nouvelle. Dieu n’a pas abandonné son peuple, même dans le jugement que constitue l’exil. Le jugement pour les fautes a déjà eu lieu, le peuple peut espérer une amélioration de son sort s’il retourne à Dieu et se repent.

Une leçon pour aujourd’hui
La théologie deutéronomiste insiste beaucoup sur la responsabilité humaine. Elle nous rappelle que le malheur des humains peut être dû à leurs mauvais choix. Ce principe est d’ailleurs reconnu dans la sagesse populaire de la plupart des peuples comme le montrent les proverbes populaires du genre « Quand on crache en l’air, ça finit par nous retomber sur le nez ». La théologie deutéronomiste devrait nous responsabiliser dans nos choix en nous évitant d’imaginer que la grâce de Dieu est une « gomme à effacer » qui annule les conséquences des fautes et des mauvais choix.

Il ne faut toutefois pas faire de ce principe une loi absolue expliquant tous les malheurs. La Bible elle-même nous donne d’ailleurs des exemples de personnes fidèles à Dieu qui ont pourtant connu le malheur précisément à cause de leur fidélité (comme Jérémie ou Jésus). Et même lorsque le malheur est dû à nos mauvais choix, la Bible nous rappelle que Dieu ne nous abandonnera pas seuls à notre sort.

(article paru dans Le Lien 23/2, Mars-Avril 2006)