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vendredi 26 mars 2010

Suggestion de lecture

À lire, un article assez intéressant de Christianity Today sur l'Annonciation. Pas autant intéressant pour la suggestion de récupérer la fête pour le "combat contre l'avortement" que pour les réflexions sur le mouvement évangélique, notamment les tentatives d'expliquer pourquoi les évangéliques ignorent largement cette fête et le calendrier liturgique en général. Une des observations plutôt "coup de gueule" : "There is, especially in American evangelicalism, a huge emphasis on pragmatic Christianity: saving souls, getting stuff done. Jesus, in his ministry, was getting stuff done. He wasn't just laying there in a womb or a manger. For Catholics and Orthodox, however, the salvation that evangelicals preach more fervently depends on the lowliness of the Christ and his incarnation. Hence, the different emphases." (L'évangélisme, notamment étatsunien, met l'accent sur un christianisme pragmatique : sauver des âmes, accomplir des choses. Jésus, durant son ministère, a accompli des choses. Il ne faisait pas que se prélasser dans un utérus ou une mangeoire. Pour les catholiques et les orthodoxes cependant, le salut, prêché par les évangéliques avec ferveur, dépend de l'humilité du Christ et de son Incarnation. Ce qui explique que l'on accentue différentes choses).

mardi 18 mars 2008

Il est vivant !

Le Christ est ressuscité !

La résurrection du Christ est sa victoire sur la mort et le péché. Sans la résurrection du Christ, par exemple si la croix (pourtant si centrale pour les évangéliques) n'est pas suivie de la résurrection, le chrétien ne peut espérer en sa propre résurrection. Et comme ce que nous croyons concernant l'après-vie a évidemment un impact sur notre vie sur Terre, la résurrection du Christ est la clé de voûte de la religion chrétienne. Le problème est que l'on comprend (ou du moins je comprends) si peu ce qu'est, au juste, la résurrection, même la seule qui a eu lieu (c'est du moins ce que nous croyons), soit celle du Christ. Aussitôt que nous tentons de dire autre chose que "il est vivant", nous sommes confrontés au mystère, à l'insondable. La résurrection du Christ n'est évidemment pas une simple réanimation physique. Elle n'est pas non plus une simple métaphore, une résurrection "spirituelle". La résurrection doit être corporelle pour avoir un réel sens (et pour être source d'espérance pour le chrétien, voir 1 Co 15), mais de quel corps s'agit-il ? De quel étrange phénomène est-il question ? Ceux qui comprennent la résurrection comme une réanimation purement physique objectent évidemment : "comment peut-il y avoir résurrection si nos molécules sont détruites après notre mort pour devenir une partie des arbres ou de l'oeil du beau-frère qui a mangé les choux qui ont poussé dans la terre nourrie par nos cadavres?"

Mais justement, la résurrection du Christ dans la compréhension chrétienne n'est CERTAINEMENT PAS une simple réanimation physique (ou reconstitution des molécules originelles). Les Évangiles évoquent le changement radical dans la nature du corps du Christ ressuscité, anomalie de la nature, et pourtant accomplissement parfait de la nature et de la vie. Le Ressuscité est plus vivant que tout être (corporel) vivant avant lui. Les Évangiles n'osent pas tenter d'expliquer le processus. Ils constatent que le Galiléen est de nouveau vivant. Confrontés aux apparitions déconcertantes du Ressuscité, le constat est donné, sans qu'on prétende comprendre la mécanique de la chose. Pour paraphraser Galilée : "Et pourtant, il est vivant !" Affirmer que le Christ est vivant, ce n'est pas pour autant savoir exactement comment une telle chose est possible.

Donc, l'altérité du corps du Ressuscité est radicale, mais sa corporalité n'en est pas moins évidente. De quel corps s'agit-il donc ? Et quel est le lien entre ce corps ressuscité et l'Église ? L'Église est, après tout, aussi décrite comme le corps du Christ. Quel est donc le lien, au juste, entre ce corps ressuscité et l'Église ? Une solution à ce mystère consiste à adopter une conception sacramentelle de la résurrection, qui ne nie nullement l'aspect corporel de celle-ci, mais insiste sur l'idée qu'on accède au Ressuscité par l'entremise de son corps, l'Église. C'est ce que plusieurs spécialistes de Jean perçoivent dans cet Évangile, dont Sandra M. Schneiders, que j'ai eu la joie d'entendre lors d'un passage à Montréal l'an dernier (elle a écrit abondamment sur Jean, si ces quelques lignes inspirées en partie par elle vous titillent). L'accès au Ressuscité pour le croyant se fait dans Jean notamment par l'entremise de la communauté de foi et par la participation à la célébration de la Cène. L'accès au Ressuscité ET l'espérance en la résurrection sont en effet liés en Jean à la célébration de la Cène, dont le récit est absent à la fin de Jean et est transposé aux côtés du miracle des 5000 hommes nourris par Jésus (Jn 6). Comme cela arrive souvent dans Jean, le sens du récit en est par conséquent transformé et approfondi. Plus je lis Jn 6 (et plus je lis Jean), plus j'ai l'impression de faire face à un océan dont la profondeur me donne le vertige et me réconforte à la fois.

Avez-vous compris quelque chose à mes élucubrations ? Je ne suis pas sûr d'avoir compris moi-même (je ne suis, après tout, qu'un bibliste de l'Ancien Testament). Mais je sais une chose... "Il est vivant !"

lundi 11 février 2008

Le carême

Nous sommes récemment entrés, mine de rien, dans la période du carême. C'était mercredi dernier, qu'on appelle techniquement le mercredi des Cendres. Le mercredi des Cendres marque l'entrée dans la période du carême et suit le mardi gras, qui lui est le dernier jour faste avant le jeûne et la prière. Pourquoi les cendres ? C'est qu'elles sont le symbole de plusieurs choses dans la tradition chrétienne. Il y a l’idée que notre existence sur terre est éphémère : nous sommes poussière/cendres/argile et nous retournerons à la poussière (Gn 3,19 ; 18,27 ; Jb 30,19 ; Ez 28,18). Il y a aussi le symbole de repentance, comme en Israël ancien où les gens se mettaient des cendres et/ou de la poussière sur la tête ou le corps en période de repentance, de deuil, de calamité ou d'appel pressant à Dieu (voir par exemple Est 4,1 ; Jr 6,26 ; Ez 27,30 ; Jon 3,6). Habituellement dans le christianisme on y va de façon plus modérée en recevant un peu de cendres sur le front lors du premier jour du carême pour marquer l'entrée dans une période de jeûne et de repentance.

Le mot « carême » veut simplement dire 40e (jour avant Pâques). C’est une période importante dans l’Église depuis plus de 1500 ans. Le carême est la période de 40 jours d’abstinence, de privation et de préparation qui précède Pâques. La durée symbolique des 40 jours est basée sur les 40 jours de la tentation de Jésus au désert (où justement Jésus jeûne, voir Mt 4,1-11 et parallèles) et les 40 ans au désert des Israélites sortis d’Égypte (40 est un nombre symbolique important dans la Bible). Comme le dimanche est exempté (on peut briser les privations du carême le dimanche), la période commence 46 jours avant Pâques. Le ramadan musulman est à peu près l'équivalent du carême chrétien, bien que son sens soit évidemment différent.

Les gens modernes et éclairés n'ont pas toujours beaucoup de respect pour ce genre de pratique. N'est-ce pas un peu barbare et arriéré ? Prier ou lire la Bible passent pour des activités au moins "normales", mais le jeûne et la privation ? N'est-ce pas là un ritualisme dépassé et moyenâgeux ? Le film Chocolat (qui est par ailleurs très bon) illustre l'attitude que plusieurs entretiennent envers le carême : il s'agit d'une sorte de vestige de temps obscurs où les gens qui se privent sont le plus souvent des débauchés qui s'ignorent (je caricature à peine).

Or, le carême n’est pas tant l’occasion de se faire violence à soi-même pour « faire pitié » aux yeux de Dieu que de se recentrer sur le sens ultime de son existence, fondé sur la résurrection du Christ. Pâques est la fête la plus importante du calendrier chrétien, plus encore que Noël. Sans Pâques et la résurrection du Christ, le christianisme n’a pas de sens. Pendant le carême, on est appelé pas tant à se priver pour le plaisir masochiste de se priver mais pour se consacrer à autre chose. C'est d'ailleurs là le sens du sacré dans la Bible, que ce soit l'objet, la personne ou le temps : séparé du profane, du quotidien, et consacré à Dieu. Le carême, temps sacré (et donc consacré) est basé sur une longue tradition dans le christianisme et avant ça dans le judaïsme qui valorise le sacré, de même que le jeûne et le dévouement ou la consécration à Dieu. Par exemple, Paul (qui ne parle évidemment pas du carême) dit aux Corinthiens mariés qu'ils peuvent pour un temps s'abstenir de relations sexuelles pour se consacrer à la prière et non pour se faire souffrir ou parce que Paul dévalorise la sexualité (1 Co 7,1-5).

Les évangéliques ne sont habituellement pas très intéressés par l’idée de pratiquer les privations du carême, mais nous devrions à tout le moins considérer cette période comme une période de préparation intérieure à Pâques, une période de méditation et de réflexion. Si en plus certains veulent s'engager à se priver de certaines choses et s'obliger à faire davantage de bonnes choses, l'expérience du carême n'en sera que plus riche.