mercredi 14 mars 2012
Le célibat des prêtres
Le livre constitue aussi une (trop) rare occasion de dialogue entre un catholique et un évangélique québécois. Bien que les deux textes ne se répondent pas de façon suivie, il est rare que les perspectives évangélique et catholique se côtoient dans un même livre.
Le lancement officiel aura lieu le 29 mai à la librairie Paulines. Consultez ce blogue à l'approche de l'évènement pour connaître l'heure exacte et l'adresse. Toutefois, sachez que le livre devrait déjà être en vente dans toutes les bonnes librairies québécoises (bon, disons les librairies catholiques pour commencer) et sous peu en Europe francophone. À mes amis européens : si vous payez mon billet d'avion, je suis prêt à aller signer votre exemplaire.
Et pour tous ceux qui se le demandent, non, Benoît XVI ne m'a pas convoqué d'urgence au Vatican pour discuter du sujet. Mais bon, je sais qu'il est très occupé, c'est peut-être une question de jours.
lundi 20 février 2012
Suggestion de lecture
mercredi 1 février 2012
Newt Testament
vendredi 28 octobre 2011
Avertissement : lire la Bible peut vous rendre libéral ! (musique d'orgue)
jeudi 13 octobre 2011
Décès d'Éric Wingender (1957-2011)
Nos prières vont à la famille Wingender, son épouse Farah-Chanel et leurs fils : Jean-François, Sydney et Spencer. Les funérailles auront lieu ce samedi (15 octobre) à 13h30 à l'Église St-James à Montréal (1439 rue Ste-Catherine ouest). Plutôt que des fleurs, la famille a demandé à ceux qui désirent honorer la mémoire d'Éric de faire un don à l'ETEM en précisant que le don sert à mettre sur pied la Fondation Éric Wingender qui servira à offrir des bourses d'études. Comme Éric gardait un oeil ouvert à l'extérieur de la théologie, il est approprié que ces bourses ne seront pas réservées aux études théologiques seules.
vendredi 8 avril 2011
Colloque sur l'histoire anabaptiste
lundi 4 avril 2011
Être chrétien et "pertinent" (?)
"C'est précisément l'Église de l'époque moderne qui a, de plus en plus, compromis et altéré le message chrétien. À la différence des époques antérieures, l'Église moderne a surtout adopté, en face des évolutions nouvelles, une attitude de dénonciation, de réaction et, quand elle l'a pu, de restauration, sans apporter de contribution critique et créatrice au façonnement de son époque" (p. 25).
Que l'on soit d'accord ou non avec la tentative de Küng de combler la lacune qu'il identifie, la dénonciation de cette lacune me semble tout à fait juste, ici. Il est vrai que le désir de "pertinence" ou d'adaptation ne devrait pas guider la proclamation de l'Évangile, mais il faut reconnaître que l'Église oublie parfois ses rôles de médiation et d'intercession. Il peut être réconfortant de se réfugier aux marges de la société, mais il ne faut pas confondre cela avec la fidélité à l'Évangile. La fidélité n'est pas de renoncer à son rôle prophétique. Il ne faut pas simplement rejeter en bloc ce qui nous indispose mais proposer une conscience alternative compréhensible et "acceptable", au sens où il est possible de l'accepter ou de la rejeter et non nécessaire de la disqualifier d'office à la vue de ses habits sectaires ou pharisiens. Ceux qui rejetteront la proclamation rejetteront alors non pas notre frilosité mais le message que l'Église est censée porter.
dimanche 21 novembre 2010
À propos des jeunes qui quittent l'Église
lundi 1 novembre 2010
La tentation de la pomme
lundi 25 octobre 2010
Un éditorial sur la post-chrétienté
lundi 4 octobre 2010
Conférences sur l'Égypte ancienne
jeudi 23 septembre 2010
L'Antéchrist sera Roumain
lundi 20 septembre 2010
Conférences de Stuart Murray au Centre anabaptiste
lundi 13 septembre 2010
Lancement et vernissage
mercredi 1 septembre 2010
Jésus ou le politique
lundi 23 août 2010
Conférence de Neal Blough au Centre anabaptiste
Les conférences sont les suivantes :
"Récit, communauté ecclésiale, et interprétation biblique" (13h00-16h00)
Dans cette conférence, Monsieur Blough parlera notamment de la question délicate de l'utilisation des récits en foi chrétienne. Comment les récits, qui constituent une part importante de la Bible, doivent-ils être interprétés et comment peuvent-ils faire autorité dans la communauté de foi ?
"L'apport anabaptiste à l'héritage évangélique" (19h00-21h00)
Dans cette conférence, Monsieur Blough apportera des réflexions essentielles sur l'identité évangélique. Il abordera principalement le cas français, qui s'avère toutefois remarquablement éclairant pour comprendre la réalité évangélique en contexte québécois. L'analyse de Monsieur Blough trace une voie pour l'avenir du mouvement évangélique au Québec.
Les conférences ont lieu dans les locaux de l'École de théologie évangélique de Montréal au 4824 Côte-des-neiges, suite 301. On peut s'inscrire au 514-331-0878 poste 221.
Les conférences seront suivies d'une discussion. On peut assister à une seule conférence ou aux deux. Tous sont bienvenus.
Parler de foi sans perdre la raison (II)
Voici la deuxième partie de l'entrée du 7 mai sur ce blogue. Il s'agit d'un article paru dans Le Lien 27/3 (2010). Ces deux articles ont été publiés sous une forme modifiée et en un seul article sous le titre "Discussing our Faith without Losing our Minds" dans le Mennonite Brethren Herald 49/3 (Mars 2010) puis sur Christianity.ca.
Dans le numéro précédent du Lien, nous avons vu que la tâche apologétique devait tenir compte de la raison et de la science pour être efficace, vu que notre monde a adopté des épistémologies (théories de la connaissance et du savoir) où la raison et la méthode scientifique occupent une place fondamentale. On ne saurait donc se satisfaire d’arguments du type « l’athéisme conduit à croire qu’il n’y a pas de sens à la vie, ce qui prouve que Dieu existe ». En effet, ce type d’argument offense la raison et revient à dire « si ça marche, c’est que c’est vrai », ou plutôt « si ça ne marche pas, c’est que c’est faux », une variante de l’Évangile de la prospérité ("si tu as du succès, c’est que Dieu te bénit") que la Bible elle-même contredit, avec pour contre-exemple ultime la crucifixion de Jésus.
Il n’y a pas que la raison
Est-ce que cette dimension rationnelle de l’apologétique veut dire que l’évangélisation est une affaire purement « philosophique » ? Certainement pas ! La présentation de la foi comprend aussi une dimension « expérientielle ». Nous sommes d’abord et avant tout témoins d’une expérience et d’une personne. La tâche apologétique et kérygmatique (proclamation essentielle sur le Christ) du chrétien est d’abord et avant tout de rendre témoignage au Christ, à sa relation avec lui et au sens que prend sa vie grâce à lui. Cette dimension est centrale à l’apologétique, sans toutefois éliminer le besoin d’une dimension rationnelle.
Évidemment (et heureusement ?), nous n’avons pas à en appeler uniquement à la raison des gens. On peut d’ailleurs très bien convaincre quelqu’un rationnellement sans pour autant le pousser à changer d’avis ou de comportement. Ceci est dû au fait que les questions de sens et d’absolu, incluant les questions de moralité et de foi, peuvent difficilement être résolues seulement par la raison, ce qui explique en partie la multiplicité des opinions tenues par des gens intelligents et rationnels.
Toute croyance a forcément des « préengagements » philosophiques, existentiels et moraux chez celui qui la porte. On ne peut être scientifiquement, empiriquement et rationnellement certain de rien dans ce monde. Nous avons tous des axiomes, des présupposés non démontrés (et souvent invérifiables) qui constituent le fondement de nos croyances, valeurs et comportements. Ce qui ne nous empêche pas de nous lever le matin et de vivre « comme si » nous savions que le monde (et notre propre personne) existe et qu’il correspond à peu près à l’idée que l’on s’en fait. Nous devons chaque jour faire des choix, comme ne pas quitter notre conjoint, même si nous ne pouvons théoriquement être certain qu’il ou elle nous est fidèle et qu’il ou elle est bien la personne que nous avons mariée plutôt qu’une réplique parfaite envoyée par les habitants de la planète Omicron 4 pour nous observer. Nous ne pouvons même pas être certain que notre conjoint existe vraiment, puisque nous ne pouvons déterminer cette existence que par l’entremise de nos sens, que nous savons parfois trompeurs.
De même, lorsque nous conduisons une voiture, nous évaluons qu’il est très probable que les véhicules autour de nous offriraient une résistance nous mettant en danger advenant une collision, plutôt que de vérifier s’il nous est possible de passer à travers, bien que la mécanique quantique admette cette possibilité. Autrement dit, n’étant pas Vulcains, la raison n’est pas le seul facteur dirigeant notre vie. Chaque jour, nous faisons des sauts de foi qui relèvent d’une posture existentielle plutôt que purement rationnelle.
La vraie raison d’être de l’apologétique
L’apologétique peut ainsi être vue non pas comme l’art de trouver l’argument massue qui convaincra tout le monde sauf les insensés, mais comme l’art de proposer des solutions raisonnables aux obstacles rationnels ou existentiels à la foi. Comme un amoureux qui a encore des doutes avant de s’engager pleinement dans une relation et qui doit atteindre un certain niveau de satisfaction (et non de certitude) face à ces doutes, l’incroyant qui contemple la possibilité de dire « oui » à Dieu doit recevoir une réponse, ne serait-ce que partielle, aux questions et aux doutes qui l’empêchent de s’engager.
Dans certains cas, ces obstacles peuvent être de mauvaises expériences vécues « aux mains » de chrétiens ou de l’Église : « Comment peut-il y avoir un (bon) Dieu si mon voisin qui dit lui obéir est aussi désagréable ? » Rappelons ici que le Québec a connu un traumatisme collectif face à certaines pratiques de l’Église catholique d’une autre époque, ce qui l’a en quelque sorte « immunisé » contre le christianisme. C. S. Lewis, en faisant référence aux traumatismes similaires de sociétés que nous appellerions aujourd’hui « postchrétiennes » a écrit qu’on ne courtise pas une divorcée comme on courtise une vierge.
Dans d’autres cas, les obstacles à la foi peuvent être des « blocages » rationnels ou existentiels du genre : « si Dieu existe, pourquoi y a-t-il tant de souffrance dans le monde ? » Qu’on le veuille ou non, ce besoin de confirmer ses choix existentiels en répondant aux doutes et questionnements qu’ils suscitent est une nécessité de l’existence humaine. C’est même une tâche qui ne sera jamais terminée, que l’on opte pour la croyance ou l’incroyance. Il y a, en effet, de bonnes raisons et arguments pour croire et ne pas croire.
La question est : quelle option nous semble être la meilleure ? Comme l’époux aura toujours des raisons de demeurer dans la relation ou d’en sortir, la foi du croyant et de l’athée sera parfois « testée ». Vivre, c’est toujours choisir entre différentes options, sans jamais être sûr de la validité de ses choix, mais sans jamais non plus pouvoir se permettre d’attendre d’avoir atteint la certitude avant de choisir.
Cette question du choix placé devant nous est centrale à la présentation biblique de la condition humaine. Elle traverse la Bible de l’Ancien Testament, où Israël doit choisir de demeurer dans l’Alliance ou d’en sortir (voir par exemple Dt 30,15-20), jusqu’au Nouveau Testament, où Jésus appelle d’éventuels disciples à aller à sa suite, laissant derrière leur vie ancienne, ce que certains acceptent et d’autres non (Mc 1,16-20 ; 10,17-31 ; Lc 9,57-62).
La tâche apologétique consiste donc non pas tant à démontrer (au sens scientifique), mais à ouvrir des possibilités de croire, incluant des possibilités de sens et d’expérience de Dieu à ceux qui hésitent à leur « donner une chance ». Et sans conclure que « si ça a du sens » ou « si ça me parle » ou « si ça marche, c’est vrai », il faut bien souligner l’importance de l’autre sens de l’équation : « si c’est vrai, cela devrait normalement marcher ». Autrement dit, si notre croyance ne « marche pas dans la vraie vie », par exemple si notre façon de vivre le christianisme ne correspond pas au discours que nous utilisons pour le présenter, on donne de bonnes raisons aux gens de rejeter ce discours. Après tout, si Dieu existe vraiment et qu’il correspond en gros à ce que le christianisme en dit (bien qu’il soit certain que, si Dieu correspond à ce que le christianisme en dit, il est infiniment plus que ce que nous pouvons saisir de lui), l’existence humaine prend un sens extraordinaire et l’agir moral de celui qui est en communion avec Dieu en est forcément affecté.
L’apologétique peut ainsi montrer que le christianisme (ou le théisme) est une option « valable » d’un point de vue existentiel et rationnel, comme certains philosophes ont montré que l’athéisme est une position rationnelle. Autrement dit, si on ne peut pas prouver que Dieu existe, on ne peut pas non plus prétendre que seuls les idiots croient en Dieu, n’en déplaise aux « nouveaux athées » agressifs à la Richard Dawkins.
mardi 29 juin 2010
Postquoi ?
Je crois donc qu'il ne faut pas être trop intimidé ou réfractaire au postmodernisme, qui a du bon, mais il est clair qu'il ne faut pas non plus "filtrer le moucheron et avaler le chameau", ou rejeter la modernité pour ses défauts et accepter sans critique la postmodernité, ce que certains semblent enclins à faire (par exemple certains "émergents"). Parmi les propositions postmodernistes qui doivent être questionnées se trouve à mon avis l'impératif consistant à abandonner en bloc les métarécits, ces récits qui visent à expliquer l'intégralité de l'expérience, de la connaissance ou de l'histoire humaines et qui constituent, selon de nombreux postmodernistes s'inspirant de Lyotard, des discours de légitimation, des récits totalisants, au fond des idéologies et des moyens de domination. Il faut plutôt se contenter selon eux de microrécits, des récits "vrais pour une communauté" ou " pour une situation précise".
Bien que Lyotard ne s'attaque pas au christianisme dans sa présentation/critique des métarécits, certains voient dans le christianisme cherchant à expliquer la condition humaine par un récit totalisant (par exemple, l'histoire du salut, qui est une certaine présentation de la foi chrétienne), comme dans la plupart des autres historiographies (mise en récit de l'histoire ou écriture sur l'histoire), un métarécit, une façon d'expliquer de façon totalisante et totalitaire la condition humaine. Le christianisme serait donc "menacé" (ou à tout le moins critiqué) par cette dimension de la postmodernité.
Pour tout dire, je ne suis pas sûr que le québécois (ou l'occidental) moyen, qui n'a pas lu Lyotard, soit si réfractaire aux métarécits : les "vrais postmodernes" (oxymoron?) me semblent minoritaires de ce point de vue. Le québécois moyen est (ou aime se croire) réfractaire au dogmatisme, à une pensée totalisante et totalitaire, mais tous les métarécits ne sont pas forcéments idéologiques (au sens péjoratif du terme). La prétention au sens n'est pas la même que la prétention au monopole de la vérité ou à la vérité exhaustive. Ce n'est pas nécessairement l'imposition de la vérité non plus. Ce n'est pas parce qu'un récit est "englobant" qu'il est dogmatique ou qu'on ne peut reconnaître son caractère incomplet, voire provisoire. Il me semble que la Bible propose véritablement un métarécit, mais largement sur le plan symbolique, et la symbolique, comme l'affirmait si bien récemment le bibliste Marc Girard dans une conversation personnelle, c'est "l'évocation d'un monde dont on ne comprend rien mais qui contient les solutions à tous les problèmes humains". Je ne peux penser à une meilleure façon de voir la Bible et le christianisme.
Je ne suis pas certain que les gens refusent par principe d'adopter un discours ou un récit totalisant : il existe encore de tels récits, mais les gens semblent réfractaires à faire confiance à une autorité comme l'Église pour l'articuler. Ils préfèrent adopter le récit du "troupeau", par exemple le récit du progrès social ("on est rendu là") qui devient parfois intransigeant, totalisant et totalitaire, reléguant au statut d'hommes des cavernes tous ceux qui n'adoptent pas leur récit. Il s'agit clairement d'une prétention à la Vérité et non d'un microrécit pour une communauté précise.
Sur ce, je vais aller manger ma cuisse de mammouth.
jeudi 13 mai 2010
Suggestion de lecture
vendredi 7 mai 2010
Parler de foi sans perdre la raison (I)
Cet article a été publié dans Le Lien 27/2 (Mars-Avril 2010). La seconde partie sera publiée dans Le Lien 27/3 (Mai-Juin 2010), puis dans ce blogue. Ces deux articles ont été publiés sous une forme modifiée et en un seul article dans le Mennonite Brethren Herald 49/3 (Mars 2010) sous le titre "Discussing our Faith without Losing our Minds" puis sur Christianity.ca.
À 18 ans, j’étais à la croisée des chemins entre l’athéisme et la foi chrétienne. La faiblesse de nombreux arguments défendant le théisme (croyance en Dieu) me dirigeait tout droit vers l’athéisme ou du moins au rejet formel de la foi chrétienne. Il s’agissait d’arguments tels que « l’athéisme conduit à croire qu’il n’y a pas de sens à la vie, ce qui prouve que Dieu existe ». Ce type d’argument me posait problème puisqu’il est fondé sur une opinion, soit que la vie a (ou doit avoir) un sens, opinion qui n’est pas partagée par tous. Au fond, cet argument revient à dire « si ça marche, c’est que c’est vrai », ou plutôt « si ça ne marche pas, c’est que c’est faux ». Mais on peut se demander si l’athéisme est faux simplement parce que ses conclusions sont déprimantes.
Plus fondamentalement, ce type d’argument ne répondait pas aux vrais problèmes que j’avais avec la foi chrétienne. La raison pour laquelle j’ai finalement rejeté l’athéisme et choisi la foi chrétienne est que j’ai pu, grâce au dialogue avec un chrétien, répondre à deux types d’obstacles à la foi, soit des questions d’ordre rationnel et existentiel. En me fondant sur mon expérience, j’aimerais suggérer quelques réflexions dans le but d’encourager un meilleur dialogue avec les athées et les non-croyants. Dans ce premier article, je vais mettre l’accent sur la dimension rationnelle du témoignage chrétien, alors que dans le suivant je soulignerai sa dimension existentielle.
Foi et raison
Notre monde moderne est fondé sur des épistémologies (théories de la connaissance et du savoir) où la raison et la méthode scientifique occupent une place fondamentale. Cela implique que la présentation de la foi chrétienne ne doit pas choquer inutilement la raison ni la démarche scientifique. Ce qui ne veut pas dire que nous ne pouvons pas remettre en question certaines positions philosophiques ou scientifiques. Après tout, la résurrection était une folie pour les Grecs, mais les premiers chrétiens ne pouvaient faire de compromis sur ce sujet pour satisfaire la sagesse humaine.
Cependant, nous savons que plusieurs apôtres et Pères de l’Église ont cherché à présenter la foi d’une façon qui était intellectuellement admissible pour les gens de leur époque. Augustin croyait que la présentation naïve de l’univers que proposaient certains chrétiens de son époque et qui ne tenait pas compte des avancées philosophiques et « scientifiques » du temps faisait plus de tort que de bien puisqu’elle incitait les gens savants à rejeter la foi chrétienne sous prétexte qu’elle était fondée sur des connaissances et compréhensions périmées et clairement fausses.
Un des projets fondamentaux de l’histoire du christianisme, qui a notamment occupé de nombreux Pères de l’Église, a été l’articulation de la foi chrétienne en employant les moyens intellectuels de l’époque, notamment la philosophie grecque. Cette entreprise s’explique notamment par le désir des Pères de démontrer que la foi chrétienne pouvait résister même à la rigueur de la reine des philosophies et des savoirs. Plus fondamentalement, les Pères estimaient qu’il était permis (non, nécessaire) de se servir des meilleurs moyens intellectuels disponibles pour réfléchir à la foi chrétienne et à ses implications. Cela a donné naissance à des formulations aussi remarquables que la doctrine de la Trinité.
Ainsi, s’il n’est pas nécessaire de se soumettre entièrement à la science et à la raison, il est inadmissible d’en faire fi. Il n’est pas nécessaire d’éteindre son cerveau pour croire en Dieu ; au contraire, la raison peut être utile à la foi. La présentation de la foi, surtout si elle inclut des arguments de type philosophique ou scientifique, ne doit faire fi ni de la logique, ni de la raison ou de la démarche scientifique. Les questions de l’existence de Dieu et du sens de la vie sont des questions on ne peut plus légitimes, pertinentes et raisonnables, particulièrement depuis le 18e siècle. Et ces questions ne devraient pas occuper seulement les agnostiques qui ne se sont pas (encore ?) fait une opinion sur le sujet, à supposer que les agnostiques soient des « indécis » plutôt que des gens qui ont conclu qu’il (leur) est impossible de trancher la question. En effet, même les croyants et les athées peuvent pousser leur réflexion plus loin en revisitant en profondeur ces questions.
Ainsi, sans devoir (ou pouvoir) nécessairement démontrer rationnellement l’existence de Dieu, il demeure nécessaire de ne pas offenser la raison et de « rendre compte de la foi » (1 P 3,15) d’une façon intelligente, en faisant usage de la raison. Bien entendu, ce ne sont pas tous les chrétiens qui doivent devenir des philosophes ou des scientifiques, mais le discours global véhiculé par tous les chrétiens (la somme des arguments et des discussions auxquelles participent les chrétiens) devrait inclure une présentation rationnelle de la foi et contenir le minimum d’arguments fallacieux, au risque de rebuter inutilement les gens. On doit se rappeler le souci de Paul de se faire « tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns » (1 Co 9,19-23).
Il n’y en aura pas de faciles
Malheureusement, la mauvaise presse dont souffre le christianisme dans de nombreux milieux intellectuels et scientifiques est due à une présentation intellectuellement médiocre de la foi. Si on veut espérer un réel dialogue avec ceux qui n’adoptent pas la foi chrétienne, il faut notamment éviter de caricaturer la position critiquée (les athéismes, les paganismes, les sécularismes, les postmodernismes, les évolutionnismes, etc.) pour ensuite facilement (évidemment) la déconstruire. Pour être réel, le dialogue demande que l’on écoute ce que « l’autre » affirme pour s’assurer de bien comprendre plutôt que de croire que tous ceux qui n’adoptent pas nos croyances et raisonnements sont forcément idiots ou endurcis, et que leurs positions peuvent être réduites à des constructions ridicules, irrationnelles ou immorales.
Il faut donc larguer les discours simplistes qui disent par exemple que les athées sont tous malheureux et amoraux et sont donc dans l’erreur alors que tous les chrétiens sont heureux et vertueux et ont donc raison. La Bible elle-même n’endosse jamais l’équation simpliste : « si ça marche, c’est que c’est vrai » ou ses mutations, comme le soi-disant « Évangile de la prospérité » qui afflige certaines églises. Rappelons-nous des nombreux exemples bibliques contredisant ce paradigme totalitaire qui fait correspondre le succès à la véracité ou à la fidélité à Dieu. Un de ces exemples est ce que dit l’Ancien Testament à propos du peuple d’Israël du 8e siècle av. J.-C. À cette époque, Israël a connu une grande prospérité et un développement important. Les Israélites croyaient être bénis par Yahvé puisque les sanctuaires étaient pleins et les sacrifices abondaient. Dieu, repu, se devait donc de bénir son peuple en retour. Or, Amos et Osée n’attribuent pas la prospérité d’Israël à sa fidélité ou aux bénédictions divines et annoncent la destruction d’Israël.
Et ils ne sont pas les seuls prophètes dont le message ou la vie et le ministère contredisent la formule « le succès est conséquence de la véracité et de la fidélité ». En fait, la plupart des prophètes, incluant Jésus, ont eu de grandes difficultés personnelles et un ministère dont le succès a été pour le moins mitigé. Disons-le franchement, le ministère et la prédication de la plupart des prophètes (incluant Jésus) ont été un échec cuisant, du moins de leur vivant, surtout si on évalue le succès de la prédication prophétique en fonction de la repentance des masses. Rappelons-nous comment les Évangiles présentent même les disciples comme étant souvent incapables de comprendre ou d’accepter l’enseignement de Jésus (sans parler de la trahison de Judas). Mais le succès mitigé des prophètes et leurs échecs ne sont-ils pas dus précisément au fait qu’ils communiquaient fidèlement la Parole de Dieu à un peuple qui n’en avait strictement rien à cirer (voir Ez 2,7 ; 3,7) ?
On peut se demander pourquoi les choses devraient nécessairement être différentes aujourd’hui. « Si ça marche, c’est que c’est vrai ». Ah oui ? Dites-cela à Jean-Baptiste ou à Jérémie ! Il semble que l’incapacité à suivre Dieu et l’utilisation d’un substitut plus pratique comme un code bien défini ou des recettes à la mode (qui ont du succès ! qui marchent !) soient une caractéristique de l’humanité et même du peuple de Dieu qui perdure de génération en génération. Les Pharisiens n’avaient pas de problème de recrutement au temps de Jésus. Était-ce parce qu’ils avaient raison ?
Lors du prochain numéro du Lien, nous verrons que, bien que la tâche apologétique doive tenir compte de la raison, elle dépasse cette seule dimension et doit prendre en compte également la dimension existentielle de l’être humain.