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dimanche 21 novembre 2010

À propos des jeunes qui quittent l'Église

À lire, un article sur les jeunes qui quittent l'Église en grand nombre aux États-Unis. L'article fait référence à certaines des mêmes préoccupations que j'avais soulevées dans ce blogue en deux entrées (ici et ici) sur l'importance de "discuter de la foi sans perdre la raison". Ce qui s'applique à notre discours invitant les gens à l'extérieur de l'Église s'applique aussi aux jeunes à l'intérieur de l'Église qui se posent souvent les mêmes questions quant à la foi, notamment lorsqu'ils entreprennent des études collégiales ou universitaires.

jeudi 23 septembre 2010

L'Antéchrist sera Roumain

Voici un article sur le dispensationalisme que j'ai écrit avec Steve Robitaille et qui est paru dans Scriptura 6/1 (2004): 101-117.

lundi 20 septembre 2010

Conférences de Stuart Murray au Centre anabaptiste

Le Centre d'études anabaptistes de Montréal a l'honneur d'accueillir le prestigieux auteur Stuart Murray qui donnera des conférences à Montréal les 12 et 13 novembre. Pour plus d'information, consultez la publicité ou remplissez le formulaire d'inscription (pour le formulaire en anglais, cliquez plutôt ici). À ne pas manquer si l'on s'intéresse à l'avenir du mouvement évangélique en contexte post-chrétien, aux églises émergentes ou à l'anabaptisme.

mercredi 1 septembre 2010

Jésus ou le politique

À lire, cet article sur des événements plutôt surréalistes illustrant comment le combat politique est devenu central pour plusieurs évangéliques, au point qu'il semble plus important que les points de foi. Parmi les perles : "These men and women here don't agree on fundamentals. They don't agree on everything that every church teaches. What they do agree on is God is the answer." On peut se demander si, une fois que l'on accepte que Dieu est la réponse, on peut préciser de quelle réponse il s'agit si on ne s'entend sur rien en parlant de Dieu. Cela me fait penser à la déclaration du Président Eisenhower : « Our government makes no sense, unless it is founded in a deeply felt religious faith – and I don’t care what it is ».

lundi 23 août 2010

Conférence de Neal Blough au Centre anabaptiste

Neal Blough, Directeur du Centre mennonite de Paris et Professeur à Vaux-sur-Seine (Paris) est l'un des évangéliques les plus influents en France. Il donnera deux conférences gratuites au Centre d'études anabaptistes de Montréal le mercredi 8 septembre.

Les conférences sont les suivantes :

"Récit, communauté ecclésiale, et interprétation biblique" (13h00-16h00)
Dans cette conférence, Monsieur Blough parlera notamment de la question délicate de l'utilisation des récits en foi chrétienne. Comment les récits, qui constituent une part importante de la Bible, doivent-ils être interprétés et comment peuvent-ils faire autorité dans la communauté de foi ?

"L'apport anabaptiste à l'héritage évangélique" (19h00-21h00)
Dans cette conférence, Monsieur Blough apportera des réflexions essentielles sur l'identité évangélique. Il abordera principalement le cas français, qui s'avère toutefois remarquablement éclairant pour comprendre la réalité évangélique en contexte québécois. L'analyse de Monsieur Blough trace une voie pour l'avenir du mouvement évangélique au Québec.

Les conférences ont lieu dans les locaux de l'École de théologie évangélique de Montréal au 4824 Côte-des-neiges, suite 301. On peut s'inscrire au 514-331-0878 poste 221.

Les conférences seront suivies d'une discussion. On peut assister à une seule conférence ou aux deux. Tous sont bienvenus.

vendredi 26 mars 2010

Suggestion de lecture

À lire, un article assez intéressant de Christianity Today sur l'Annonciation. Pas autant intéressant pour la suggestion de récupérer la fête pour le "combat contre l'avortement" que pour les réflexions sur le mouvement évangélique, notamment les tentatives d'expliquer pourquoi les évangéliques ignorent largement cette fête et le calendrier liturgique en général. Une des observations plutôt "coup de gueule" : "There is, especially in American evangelicalism, a huge emphasis on pragmatic Christianity: saving souls, getting stuff done. Jesus, in his ministry, was getting stuff done. He wasn't just laying there in a womb or a manger. For Catholics and Orthodox, however, the salvation that evangelicals preach more fervently depends on the lowliness of the Christ and his incarnation. Hence, the different emphases." (L'évangélisme, notamment étatsunien, met l'accent sur un christianisme pragmatique : sauver des âmes, accomplir des choses. Jésus, durant son ministère, a accompli des choses. Il ne faisait pas que se prélasser dans un utérus ou une mangeoire. Pour les catholiques et les orthodoxes cependant, le salut, prêché par les évangéliques avec ferveur, dépend de l'humilité du Christ et de son Incarnation. Ce qui explique que l'on accentue différentes choses).

lundi 1 février 2010

Heureuse nouvelle !

C'est avec joie que je vous annonce le retour sur la blogosphère de mon cher ami Steve Robitaille, l' "être" derrière theobeing. Son premier billet est d'ailleurs fort intéressant. Il propose une définition un peu différente de ce qu'est la théologie évangélique.

mardi 27 octobre 2009

Suggestion de visionnement

J'ai repéré il y a quelque temps un livre qui s'intitule The Year of Living Biblically. One Man's Humble Quest to Follow the Bible as Literally as Possible. Il s'agit de l'expérience d'un juif agnostique qui essaie de comprendre le phénomène religieux, notamment aux États-Unis, et qui décide, en plus de rencontrer différents groupes religieux (dont des évangéliques et des amish), de s'immerger dans son sujet en cherchant à suivre toutes les règles de la Bible prises littéralement. Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de lire ce livre pour l'instant, mais j'ai visionné un court vidéo que vous trouverez ici. L'auteur y explique sa démarche et fait quelques observations et offre sa perception du fait religieux et de son expérience littéraliste. Les chrétiens disent souvent qu'ils aimeraient mieux comprendre ce que les gens pensent d'eux. Or, il y a dans ce vidéo certaines observations assez intéressantes. Un avertissement s'impose : le ton peut déplaire à certains. Il n'est pas irrévérencieux en tant que tel, mais il s'agit d'un humour qui ne plaira pas à tous.

mardi 20 octobre 2009

Plaidoyer pour un moratoire sur les plans de développement ou Le syndrome des Marthe agitées

Pendant qu'ils étaient en route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut. Sa soeur, appelée Marie, s'était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. Marthe, qui s'affairait à beaucoup de tâches, survint et dit : Seigneur, tu ne te soucies pas de ce que ma soeur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée (Lc 10,38-42, Nouvelle Bible Segond)

En relisant ce passage, il m'est venu une actualisation, ou plutôt une extension de cette histoire en pensant à l'oeuvre chrétienne au Québec. La communauté évangélique québécoise, malgré son infime taille (40 000 membres "actifs"), a une panoplie de programmes et d'institutions, incluant un nombre impressionnant de familles d'églises, d'églises indépendantes et d'écoles (plus d'une douzaine d'écoles bibliques, théologiques et autres centres de formation !). Chaque année, plusieurs initiatives et programmes sont créés et des églises naissent. La planification stratégique est devenue une seconde nature pour la plupart des ouvriers évangéliques, avec des projections de croissance sur 5, 10 et 25 ans et des "modèles d'affaires" inspirés de grandes entreprises ou d'églises aux États-Unis (notamment les Méga-églises). Pour paraphraser un ami, à la vue de ses structures organisationnelles, on croirait parfois que le mouvement évangélique québécois est appelé à gérer le budget des États-Unis d'Amérique ! En réalité, l'organisation et la création de programmes rime rarement avec la concertation avec les institutions déjà en place ou naissantes. Pire, on a beau planifier et organiser, il règne au Québec une absence de cohésion et de collaboration, mais aussi un manque d'efforts ciblés donnant des résultats significatifs. Nous n'avons d'ailleurs pratiquement jamais le réflexe d'évaluer les résultats d'un programme ou d'un plan stratégique : à peine celui-ci terminé, nous sautons à pieds joints dans une nouvelle entreprise avec le même enthousiasme débordant (ou troublant ?) que lors des 15 tentatives infructueuses précédentes. Nos programmes vivotent ? Pas de problème ! Créons-en d'autres ! Nous finirons bien par tomber sur quelque chose qui marche.

Nos efforts d'organisation et de planification ne réduisent pas le dédoublement des programmes et des institutions, ils l'accroissent. Notre niveau d'organisation (incluant les impressionnants organigrammes) est d'une ampleur qui frise souvent le ridicule, étant donnée la taille des confessions et institutions au Québec. Nous voulons chacun avoir un programme qui fait la même chose que celui de la famille d'églises ou de l'organisme voisin, peu importe si nous contribuons ainsi à la précarité de tous ces programmes. Évidemment, une partie du problème est due au couper-coller qui caractérise souvent nos programmes et institutions : nous reprenons une structure ou un programme existant ailleurs au Canada ou aux États-Unis, sans toutefois avoir la masse critique qui permet à ces multiples initiatives concurrentes d'être viables là-bas. Nous n'avons ni les moyens financiers ni les ressources humaines nécessaires pour soutenir de telles structures, et surtout nous ne prenons même pas le temps de nous demander si une adaptation du modèle (ou de la "récette") est nécessaire pour le contexte québécois. Nous oublions ainsi de faire ce que plusieurs de ces "gurus" qui nous impressionnent tant ont fait : étudier leur contexte pour mieux joindre les gens. Nous préférons reprendre un truc de marketing ou une technique comme l'ajout de musique techno (bon d'accord, disons de guitare) lors du culte (à quand le sermon lip dub et l'évangélisation flash mob ?) plutôt que de chercher à comprendre les gens que nous voulons joindre.

Au Québec, nous avons besoin de réflexion. Nous devons notamment écouter l'Esprit nous guider dans la compréhension de ce qu'est l'Évangile en terre québécoise. Nous nous agitons avec des programmes, des séminaires, des plans de développement stratégiques, etc. Or, nous ne savons même pas comment évangéliser ou former des disciples enracinés dans et en dialogue critique avec la culture québécoise. Nous voulons implanter des églises et nous ne savons même pas ce à quoi devrait ressembler l'église en sol québécois. Arrêtons tout ! Assoyons-nous aux pieds du Maître et écoutons dans la méditation, la réflexion.

Dans l'histoire de Lc 10, Marie écoute la parole de Jésus. Il s'agit évidemment d'un acte cognitif ou intellectuel, mais c'est aussi plus que cela. Dans Luc (comme ailleurs dans le Nouveau Testament), écouter la parole de Jésus ne constitue pas qu'un exercice cérébral : il faut écouter (et comprendre) la parole de Jésus pour ensuite la mettre en pratique (voir par exemple Lc 6,46-49 ; 8,21 ; 11,27-28). Il n'y a pas de compréhension acceptable sans mise en pratique. Mais l'inverse est aussi vrai : la mise en pratique nécessite une compréhension juste et sollicite notre réflexion. Sinon, que met-on en pratique, exactement ? On ne peut pas simplement se mettre à courir dans la forêt en espérant que l'on finira par aboutir quelque part (et, lorsqu'on se rend compte que l'on est perdu, se mettre à courir plus vite). Pourtant, il me semble que c'est exactement ce que nous faisons dans le milieu évangélique québécois.

Oui, nous avons grandement besoin de réflexion. Et notre réflexion doit aller au-delà de l'interrogation "comment implanter le plus d'églises dans les 5 prochaines années (en 3 étapes faciles) ?" pour inclure des questions comme "Comment proclamer l'Évangile au Québec ? Qu'est-ce qu'être chrétien au Québec ? Qu'est-ce qu'être fidèle à l'Évangile tout en embrassant l'incarnation de cet Évangile en contexte québécois ? Comment articuler un discours chrétien public, c'est-à-dire une théologie compréhensible et solide qui n'est pas uniquement faite pour consommation interne, autrement dit une réelle apologétique (au sens où elle a été pratiquée dans les premiers siècles de l'Église en contexte gréco-romain) ?" Sans avoir répondu au moins partiellement à ces questions, nous sommes condamnés à nous agiter pour beaucoup de choses et à accomplir bien peu.

jeudi 28 août 2008

La foi qui réfléchit

Blaise Pascal a écrit que "c'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce qu'est la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison".

Nombreux sont les évangéliques qui aiment ce genre de citation. Après tout, une des vérités fondamentales soulignées par les évangéliques (et par les Anabaptistes avant eux) est que la foi n'est pas simplement une liste de croyances ou une décision intellectuelle et rationnelle mais aussi une attitude intérieure, notamment une disposition à l'obéissance envers Dieu.

Pascal est un allié naturel pour les évangéliques. D'autres penseurs (comme Dietrich Bonhoeffer) sont également utilisés pour la démonstration de la "thèse" soulignant la primordialité des choses du cœur, voire l'inutilité d'une réflexion en profondeur au profit d'une "foi du cœur" ou d'une "foi vécue". En réalité, ce que plusieurs de ces penseurs affirment, c'est la nécessité de faire le pont entre la réflexion et la foi pratiquée et non le mépris pour la réflexion au profit d'une foi uniquement "sentie", une foi purement expérientielle et dont la raison (donc le cerveau ?) est l'ennemi principal.

L'utilisation de ces penseurs ne peut se faire que par une sélection de leurs propos. Ainsi, on mentionne moins spontanément le travail de Pascal en philosophie, en mathématiques et en théologie pour retenir davantage les citations ou éléments de sa pensée qui peuvent être utilisés pour dévaluer la réflexion philosophique ou théologique ou la démarche scientifique. Certaines citations de Pascal sont carrément oubliées par certains, telles que :

"Il faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, en se soumettant où il faut. Qui ne fait pas ainsi n'entend pas la force de la raison".

Ou encore : "Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux, et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule".

La première partie de cet énoncé semble presque avoir été écrit pour les rationalistes et les intellectuels et la seconde pour les évangéliques et les piétistes.

La posture anti-intellectuelle revient périodiquement sous différentes formes dans le mouvement évangélique, surtout depuis un siècle. Le célèbre Darby (ou était-ce Scofield, je ne me souviens plus), qui a tant fait pour populariser le dispensationnalisme, affirmait qu'il avait pu correctement comprendre la Bible précisément parce qu'il n'avait pas de formation en théologie.

Cette attitude perdure jusqu'à ce jour dans bien des milieux. Or, Jésus a enseigné que le premier commandement était : "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence" (Mt 22,37). Peut-on négliger l'intelligence lorsqu'on a le cœur et l'âme ?

jeudi 3 avril 2008

Suggestion de lecture (encore !)

Je vous invite à lire le dialogue entre un évangélique et un juif concernant l'évangélisation des juifs par des chrétiens.

Un des extraits que j'ai particulièrement aimés est le reproche suivant que fait le juif à l'évangélique : "You want me to trust your love. That is a problem. You are not stapled to your words or your love. Origen, Chrysostom, Eusebius, Augustine, and Aquinas are people who would have never plucked a white hair off the head of an old Jew. They are people who would have walked into the gas chambers with us. But their words did not remain within the province of spiritual and intellectual elites". Cela fait écho au théologien chrétien allemand Dietrich Bonhoeffer qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, a affirmé (je paraphrase de mémoire) "être chrétien aujourd'hui, c'est affirmer que Jésus était un juif". Cela fait aussi un peu écho à une réflexion que j'avais publiée sur ce blog il y a quelques mois sur les premiers chrétiens, plus précisément sur leur irréprochabilité morale aux yeux de la plupart des Romains et le contraste que cela représente avec la perception actuelle qu'ont des chrétiens (particulièrement évangéliques) la plupart de nos contemporains. Comme quoi l'évangélisation doit commencer par incarner le message du Christ dans sa propre vie, ce qui n'est pas une mince affaire.

Suspension de Peter Enns (suite)

Voici un autre article, un peu plus complet, sur la suspension de Peter Enns. L'article contient aussi des liens intéressants, dont une recension du livre par un professeur de l'Evangelical Theological Society, la société savante dont je parlais dans la première entrée sur Peter Enns, société savante où la controverse a éclaté il y a environ deux ans concernant le livre d'Enns. Je tiens à préciser toutefois que la recension du livre ne remplace évidemment en rien la lecture du livre, que je vous recommande à nouveau de lire vous-mêmes pour vous en faire une opinion.

lundi 31 mars 2008

Suspension de Peter Enns

Un professeur d'Ancien Testament de Westminster Theological Seminary, Peter Enns, vient d'être suspendu suite à la controverse autour de son livre Inspiration and Incarnation. Evangelicals and the Problem of the Old Testament. Cliquez ici pour l'annonce officielle. Pour des réactions à cette annonce et à la controverse, voir ce lien et ce lien. Merci à Steve Robitaille de m'avoir relayé l'information.

Le livre de Peter Enns avait créé la controverse il y a deux ans lors du congrès annuel de l'Evangelical Theological Society, la société savante nord-américaine.

J'ai lu le livre d'Enns et je dois avouer qu'il ne propose pas grand chose de radicalement nouveau, bon ou mauvais. Le mérite du livre tient surtout à l'identification de problèmes liés à l'étude scientifique de l'Ancien Testament, problèmes par ailleurs bien connus des biblistes vétéro-testamentaires. Enns propose que l'étude scientifique informe une doctrine évangélique de la Bible, et non seulement l'inverse. Je vous invite à lire le livre pour vous faire une idée.

mercredi 9 janvier 2008

La patience comme vertu

Je suis de retour après quelques semaines de silence. J'espère que cela vous a donné le temps de lire les entrées archivées :).

Le temps des fêtes passé, période où nous avons été encouragés à dépenser et à offrir à nous-mêmes et aux autres ce que notre âme désire, j'aimerais aborder le sujet de la patience. On le sait, nous vivons à une époque de gratification immédiate, où la patience n'est pas souvent cultivée. Malheureusement, la patience, bien que hautement valorisée par les chrétiens depuis les origines (Ga 5,22), n'est plus très souvent cultivée dans l'Église.

La construction de l'Église, notamment en territoire postchrétien (ou préchrétien), est un travail à long terme. Or, l'identité évangélique s'est construite en partie à travers le revivalisme, avec les réveils des 18e et 19e siècles, notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Bien qu'à l'origine le revivalisme n'était pas opposé à la patience et au travail de longue haleine (notamment la réflexion et la formation académique et théologique), à la longue le revivalisme s'est appauvri et n'a souvent conservé que ses dimensions émotives, instantanées, passives (où "remettre cela entre les mains de Dieu" veut dire "attendre sans rien faire"). Cela n'a pas disposé les évangéliques au travail long et ardu accompli dans la patience. Or, il semble bien que dans la vie, la plupart des choses les plus importantes demandent des efforts. L'histoire d'Israël puis de l'Église illustre également les efforts considérables qui ont dûs être déployés par des générations de prophètes, prêtres, pasteurs, missionnaires, évangélistes et autres ouvriers et laïcs pour arriver à des résultats un tant soit peu signifiants. Il y a pourtant un décalage entre ce constat, que l'on peut tirer de l'histoire, et le discours de nombreux évangéliques. Combien de fois avons-nous entendu des conférenciers ou prédicateurs annoncer un réveil imminent qui allait, une fois pour toutes, permettre la conversion des masses et transformer la nation ? "Oubliez tout ce que vous avez accompli en 30 ans d'efforts : c'est dans les 2-3 années de réveil (qu'on dit imminent) que tout se jouera !" Une invitation à s'asseoir pour voir ce qui va se passer (Jon 4,5).

Je vois immédiatement au moins 3 problèmes majeurs avec cette attitude :

1) en affirmant cela, nous imposons à Dieu un mode d'action particulier (Dieu agit seulement dans les réveils) sans reconnaître ce que Dieu fait déjà au milieu de nous (Dieu n'a-t-il rien fait ces 30 dernières années ?). C'est sans compter les 3000 ans d'action de Dieu dans l'histoire d'Israël et de l'Église qui semblent aussi illustrer un autre mode d'action de Dieu.
2) la réalité ne réussit jamais à "rattraper" nos prédictions : on nous annonce un réveil au Québec depuis 30 ans. Où est-il donc ?
3) en adoptant cette attitude passive d'attente, nous ne travaillons pas sur ce qui est le plus important, soit aider les nouveaux croyants (et être prêt à aider les futurs croyants d'éventuels réveils) à devenir des disciples de Christ Jésus, notamment en développant notre théologie, notre pensée (soit la pensée chrétienne sur le monde et ses problèmes, sur les sciences, la littérature, la culture, les arts, l'organisation sociale, la civilisation, etc.), notre éthique, notre vie d'église. N'ayant pas fait le travail de réflexion, on ne peut évidemment communiquer de telles réflexions aux croyants qui se joignent à nous. Pire encore, nous ne préparons pas la génération qui monte dans nos églises pour qu'elle puisse diriger l'Église et avoir un impact dans les milieux dans lesquels elle est et sera appelée à servir Dieu.

La négligence des jeunes, notamment en les laissant à eux-mêmes quand vient le temps d'acquérir une formation et de faire le pont entre cette formation et leur foi, conduit à d'horribles résultats. La première tragédie est que certains abandonnent la foi ou du moins l'Église, incapables d'y voir une réalité compatible avec la raison ou la science qu'ils apprennent à apprécier. La seconde est que ceux qui persévèrent dans la foi sont souvent appelés à vivre une forme de schizophrénie entre leur vie intellectuelle, nourrie par leurs études et leurs lectures, et leur vie spirituelle, nourrie uniquement par les expériences et sentiments vécus à l'Église. Cela résulte dans le fait que la plupart des idées que ces chrétiens ont au sujet de l'environnement, de la société, de la justice sociale ou de l'univers dérivent uniquement de ce qu'ils lisent ou apprennent à l'extérieur de l'Église. Les évangéliques qui recyclent et compostent le font-ils parce qu'ils ont été sensibilisés à l'église ? Je n'en connais pas un seul pour qui c'est le cas. Les évangéliques prennent (parfois) soin de l'environnement parce que les médias en parlent. Or, il y aurait bien une ou deux choses à dire d'un point de vue chrétien sur l'environnement qui aurait à voir par exemple à l'importance de respecter et de prendre soin de la création de Dieu.

Préparer une génération à suivre Dieu et à être transformée dans sa pensée et sa pratique demande un investissement majeur de temps et d'efforts. Ce sont malheureusement des efforts que peu de gens sont prêts à investir. Évidemment, on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas. Il faut commencer par faire la réflexion soi-même si on veut espérer guider les autres dans leur propre réflexion.

À ceux qui attendent le réveil, je terminerais simplement en suggérant que le Québec a déjà connu un réveil. Le problème est que nous avons laissé les nouveaux croyants largement sans direction et sans formation, avec les résultats que l'on connaît : certains ont quitté, mais surtout, le réveil s'est essoufflé puisqu'il n'avait pas de profondeur. On pourrait faire le parallèle avec la Parabole du semeur (Mt 13 // Mc 4 // Lc 8), où la semence tombée dans les endroits pierreux sans beaucoup de terre lève vite mais sèche, n'ayant pas de racines. Faudrait y mettre un peu de compost.

Je vous laisse avec de la lecture fort intéressante si vous voulez lire des anecdotes historiques sur le mouvement anabaptiste. Merci à Neal Blough, directeur du Centre mennonite de Paris, qui m'a dirigé vers ce site.
http://rubensaillens.over-blog.org/article-14895925.html

lundi 19 novembre 2007

À propos de l'anabaptisme

Certains d'entre vous auront remarqué que le titre du blog et la plupart de mes liens font référence à la tradition anabaptiste. Il s'agit de ma tradition théologique, soit anabaptiste-évangélique. J'en parlerai de temps à autre plus explicitement, mais cette tradition, sans dominer ma réflexion, teinte toute ma pensée. Il vaut donc mieux en dire déjà quelques mots.

Il y a plusieurs traditions en lien avec le mouvement évangélique, dont les traditions réformée (calviniste), wesleyenne, mais aussi anabaptiste. Cette réalité est parfois obscurcie au Québec par le fait que la grande majorité des églises évangéliques ici (à part plusieurs églises charismatiques) sont de tradition réformée (calviniste). L'anabaptisme est toutefois une branche importante du mouvement évangélique dans d'autres pays ou même dans l'ouest canadien. Ce ne sont pas tous les Anabaptistes qui sont évangéliques, tout comme ce ne sont pas tous les Réformés ou les Wesleyens qui le sont. L'anabaptisme trouve ses origines dans les premières années de la Réforme. Il s'agit d'une forme particulière (souvent appelée "radicale") de la Réforme, caractérisée par certains traits théologiques à l'origine propres aux Anabaptistes, comme par exemple le pacifisme, le baptême des professants ou la séparation entre l'Église et l'État.

Si vous avez consulté mon profil personnel, vous savez que je suis co-directeur avec Steve Robitaille, chargé de cours à l'École de théologie évangélique de Montréal (voir lien theobeing pour son blog) du Centre d'études anabaptistes de Montréal (CÉAM). Le CÉAM est une initiative de l'organisation para-ecclésiastique appelée le Comité central mennonite (section Québec, voir lien) et de l’École de théologie évangélique de Montréal (voir lien), où je suis professeur. Le CÉAM a pour mission de favoriser le développement et la diffusion d'une théologie anabaptiste québécoise au moyen notamment de la publication, de la mise sur pied de colloques et de conférences académiques et grand public, de la création d'un site web ainsi que de l'acquisition d'une collection spécialisée d'ouvrages anabaptistes.

Le 6 septembre 2007 a eu lieu le lancement du Centre. Pour l’occasion, Steve et moi avons exposé la mission du Centre et
Neal Blough, directeur du Centre mennonite de Paris (voir lien) et théologien réputé, a donné une conférence fort appréciée dans laquelle il a souligné l’importance de développer une théologie anabaptiste francophone et urbaine en dialogue avec les autres traditions chrétiennes. C'est justement la vision que Steve et moi avons pour le Centre et pour la théologie anabaptiste.

Le Centre d’études anabaptistes de Montréal est donc un centre anabaptiste, mais ce ne sera pas seulement un Centre où on exposera la théologie et l’histoire anabaptiste. Après tout, l’anabaptisme était à l’origine, au début de la Réforme, une remise en question souvent radicale du statu quo, des pouvoirs établis et des traditions. Il serait donc étrange d’ériger l’anabaptisme en nouvelle tradition intouchable, qu’on ne peut questionner. Le Centre sera plutôt un lieu où nous partirons de la tradition anabaptiste pour faire de la théologie et des études bibliques avec un regard posé sur la situation québécoise, tout en recherchant le dialogue avec les autres traditions chrétiennes, notamment les traditions évangéliques non-anabaptistes et les traditions catholiques, avec lesquelles nous sommes naturellement en lien.

Ce dialogue m’apparaît fondamental pour favoriser l’unité de l’Église du Christ, mais aussi parce que, à mon avis, la théologie anabaptiste est une voix qui doit être entendue par l’Église universelle à différentes époques. Non pas que la théologie anabaptiste soit la reine des théologies. Mais ses accents constituent des rappels importants, voire parfois des correctifs aux autres théologies chrétiennes. Dans le grand « buffet » que sont devenus la théologie chrétienne et le christianisme, l’anabaptisme doit avoir sa place pour assurer un « repas équilibré ». Je ne suis pas sûr s’il faut considérer la théologie anabaptiste comme une entrée, un dessert, une salade ou une soupe, mais sans elle la théologie chrétienne serait un repas appauvri.

Parmi les accents fondamentaux de la théologie anabaptiste, je n’en rappellerai pour l'instant qu’un seul, présent déjà chez les premiers Anabaptistes il y a 500 ans, soit l’appel radical lancé à chacun de suivre le Christ, et non pas seulement de rechercher l’orthodoxie ou la défendre, notamment en utilisant les moyens de l’État. À une époque où la fidélité à Dieu se résume souvent à défendre l’orthodoxie ou à défendre la Bible ou alors à condamner les comportements sociaux jugés immoraux, voire à tenter de légiférer pour les interdire, la parole du Christ : « toi, suis-moi » est plus actuelle que jamais. Les premiers anabaptistes ont été prêts à donner leur vie pour ce message. Qu’il puisse inspirer l’Église de Dieu encore aujourd’hui.

jeudi 8 novembre 2007

La théologie, quossa donne ?

Steve Robitaille a récemment souligné sur son blogue que les théologiens et l’Église se négligent mutuellement. Il a malheureusement raison. J'ajouterais seulement en défense de l'Église (que je n’excuse pas pour autant) que la situation relève d’un phénomène plus vaste. Notre société utilitariste et technocrate néglige la réflexion en faveur de la production. Les gens demandent : « pourquoi étudier en histoire (ou en sociologie, en littérature, en philosophie, en anthropologie, en arts, etc.), y’a même pas d’job dans çâ ? » L'ingénierie, la médecine, les affaires, la technique (etc.), voilà les disciplines utiles ! La réforme scolaire (ou plutôt les réformes scolaires successives) au Québec illustre cette attitude technocrate et utilitariste : pourquoi connaître quand on peut « compéter » ? L'école (incluant malheureusement l'université) ne sert pas à se cultiver ou à apprendre à réfléchir mais à former la main-d'oeuvre. « L'apprenant » qu'est devenu l'élève doit même créer ses propres règles grammaticales et syntaxiques (et évidemment son « aurttograffe ») plutôt que de devoir bêtement apprendre les conventions en usage. Consolons-nous : cette approche permettra d'engendrer la prochaine génération de « lofteurs » pour remplir la grille horaire de TQS.

On oublie que la technique et les affaires, aussi nobles soient-elles, existent d’abord pour soutenir la civilisation et la vie modernes. La culture et la civilisation sont constituées d'abord (mais non exclusivement) justement des choses négligées en technocratie, comme l’art, la littérature, la spiritualité, la musique. Les connaissances techniques ne sont qu’une composante de la culture, bien qu'elles aient plein droit d'y prendre place. Même la science et la culture scientifique, qui satisfont pourtant mieux que la technique la soif de l’humain de comprendre son monde, arrivent rarement à donner un sens à ce monde. Pour beaucoup d’entre nous, c’est davantage dans les arts, la littérature, la musique, le cinéma, la religion et/ou la spiritualité (incluant la théologie au sens large et la théologie comme discipline académique) qu’on trouve ce qui nourrit notre « âme ». Malheureusement, de nombreux intellectuels aussi adoptent une attitude productiviste et technocrate, particulièrement face à la théologie, aux études bibliques et aux sciences religieuses. Les universitaires disent alors, comme beaucoup d’églises : « la théologie, quossa donne ? » Et du même souffle, les universitaires se demandent pourquoi le fondamentalisme fait de tels ravages intellectuels.

De l’autre côté, les évangéliques ont tendance à se préoccuper davantage de recettes et de trucs de marketing pour évangéliser plutôt qu’à réfléchir au contenu et à l’inculturation de l’Évangile en contexte québécois. Ils se demandent ensuite pourquoi les gens n’acceptent pas cet Évangile qu’on tente de leur vendre comme un dentifrice : « pour une âme plus blanche, achetez Jésus ». Cette attitude contraste nettement avec le travail intellectuel des premiers évangéliques du début du 18e siècle, comme Jonathan Edwards. Pour eux, une composante pleine et entière de la spiritualité était de faire de la théologie (au sens large) et d’avoir un regard réfléchi sur le monde. Les premiers évangéliques cherchaient à développer un regard chrétien sur tous les enjeux de la société et sur les différentes disciplines scientifiques, et ce pour la gloire de Dieu. Mark A. Noll dans son livre The Scandal of the Evangelical Mind déplore l’abandon de ce projet des premiers évangéliques par les dernières générations. Le scandale de la pensée évangélique selon Noll est précisément qu’il n’y a pas de pensée évangélique sur le monde. Il n’y a pas de « philosophie évangélique » ou de « sociologie évangélique » ou d’« histoire évangélique », bien qu’il y ait des évangéliques œuvrant dans ces disciplines.

Nous avons en grande partie cessé de réfléchir pour nous contenter de répéter les réflexions de nos ancêtres spirituels, ce qui crée un décalage entre notre message et les enjeux et problèmes de la société aujourd’hui. Nous n’avons souvent aucune réponse à offrir aux gens concernant les enjeux qui les préoccupent et nous ne participons pas au débat public, à moins qu’il s’agisse de moralité sexuelle, incluant l’avortement et la famille. N’avons-nous rien à dire sur l’environnement, nous qui croyons que Dieu en est le Créateur ? N’avons-nous rien à dire sur la pauvreté, alors que la Bible contient des milliers de références à ce sujet ?

Faire de la théologie en contexte universitaire sert d’une part à contrer le fondamentalisme décrié par les intellectuels qui veulent sortir la théologie de l’université et d’autre part à aider l’Église à définir ce que veut dire être chrétien au 21e siècle. Une foi qui est solide est une foi qui est prête à poser des questions. Et une foi qui pose des questions et qui est donc « théologique » (au sens large) peut mener vers la découverte de richesses insoupçonnées. Sans théologie, l’Église et la spiritualité personnelle se dessèchent et se sclérosent.